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L'HISTOIRE D'UN QUARTIER - À la découverte de Bati Massô

France-Guyane 07.08.2017
Eugène ÉPAILLY

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À la découverte de Bati Massô
Le plan de Mana en 1852 qui structure encore le bourg d'aujourd'hui (DR)

Comment expliquer le toponyme Bati Massô du bourg de Mana sans passer par le filtre de l'histoire de la commune qui commence officiellement en 1828 ? Le choix de cette zone se comprend en allant puiser dans les ressources du sous-sol de ce cordon de dunes qui parcourt l'arrière pays, d'Awala-Yalimapo à Iracoubo. Des buttes sablonneuses bloquaient l'eau des Savanes.

Notre rubrique historique s'intéresse à la zone d'Awala-Yalimapo, qui correspond à un ancien cordon de sable apporté par l'Océan Atlantique, il y a quelques milliers d'années. Elles sont hautes de 5 à 20 mètres, avec une allure de table. Elles sont recouvertes de sable blanc issu de l'ancien massif granitique déposé par le fleuve. Le sable jaune provient de la mer. Une plaine côtière sablonneuse peu propice à l'agriculture coloniale.
UNE IMPLANTATION DE 1823 À 1828
En 1823, 160 personnes s'installent sur le lieu précis du bourg après avoir échoué du coté de Saut-Sabbat, à la Nouvelle Angoulême. Il faudra attendre l'arrivée des 500 Noirs des ateliers de Cayenne sous la direction de la mère Javouhey pour que les premiers travaux d'assainissement commencent. Leur but était de libérer l'eau des terres cultivables, et aussi, les mettre à l'abri des menaces d'inondations. Ainsi naquit Bati Massô, l'abattis des soeurs.
Mana possède deux grandes zones de dessèchement. La première se trouve à l'entrée du bourg. On y planta de la canne à sucre, du café, des bananiers, du manioc, du cacao, du poivre et du riz.
Quelques décennies plus tard, elle fut transformée en zone industrielle. On se souvient de la scierie de Monsieur Césaire. Pendant de nombreuses années des convois de bois flottant descendaient du fleuve pour atteindre les scies du seul industriel forestier du bourg. Ce fut la glorieuse épopée du bois flottant, le bois Jaja, en réalité du yayamadou.
Sur l'autre versant du bourg, rendu à la forêt et à la friche, une autre histoire sommeille.
Les Noirs libres de Mana possédaient des zones de « plantages » ou « batis » personnels où les cultures vivrières familiales dominaient : Bananiers et manioc. Mais, d'autres devaient travailler aux côtés des religieuses de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny.
Voici ce que nous avaient déclaré Mère Jeanne et Mère Yves, lorsque nous les avions rencontrées en 1992 : « Les engagés ne travaillent pour la communauté que trois jours par semaine [...]. Elle, (Mère Javouhey), a fait un arrangement avec eux, par lequel ils se sont engagés à travailler pour elle deux jours par semaine moyennant la ration pendant ce temps et 3 francs tous les samedis. Ils reçoivent en outre, leur nourriture et 30 sols par jour » . Cette zone de culture fut naturellement qualifiée Bati Massô.
UN LIEU DE PISCICULTURE NATURELLE POUR
Chaque année, arrivant de Cayenne, les jeunes venus passer leurs vacances chez leur grands-parents se rendaient sur le sanctuaire de poissons dans le coeur du canal creusé par les déportés africains pour la libération des eaux des Savanes. Il s'agissait de capturer à l'aide de pièges en osier le maximum de poissons pour aller les revendre aux premières cuisinières de passage dans les rues étroites du village.
L'argent gagné avec la vente des sarcelles et des soucourous, permettait de s'offrir un pouvoir d'achat qui rendait plus agréable le séjour sur les terres de la Mère Javouhey.
LA RHUMERIE DU « PIPI MASSÔ »
En bordure du fleuve, sur la rive droite du canal de dessèchement, les religieuses avaient implanté la rhumerie la plus célèbre de Guyane. Les Noirs de Mana, avaient décidé d'appeler le tafia qui sortait de l'alambic Pipi Massô. C'était un manège à pressoirs debouts, tourné par deux boeufs. Les travailleurs du bourg avaient droit à quelques rasades bien contrôlées par les soeurs.
Aujourd'hui, nul ne peut dire si la purgerie existe au milieu des lotissements. Les cuves de cuisson du vesou et de la mélasse étaient encore présentes dans la cour des religieuses, des années durant.
Le distillateur quant à lui avait pris la direction de Saint-Laurent du Maroni pour être placé au coeur de la rhumerie Marsolle. Ainsi échoua une partie de la mémoire de Bati Massô.
L'église de Mana fondée comme Mana par l'ordre de Saint-Joseph de Cluny et la mère supérieur Anne-Marie Javouhey. La main d'oeuvre était principalement issue des Africains sauvés des bateaux négriers illégaux après la fin de la traite négrière. Ils devaient rester sept ans à Mana. Les esclavagistes luttèrent pour interdire ce système. (DR)
Mana possède deux grandes zones de dessèchement. La première se trouve à l'entrée du bourg. On y planta de la canne à sucre, du café, des bananiers, du manioc, du cacao, du poivre et du riz. (DR photo Siage 2012)
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