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« J'avais ce livre dans les cartons »

France-Guyane 06.09.2017
Gérôme GUITTEAU

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« J'avais ce livre dans les cartons »
« J'avais dans mes cartons ce projet de livre qui était très juridique » , rappelle Alexis Tiouka, juriste spécialisé dans le droit autochtone (GG)

Alexis Tiouka et Hélène Ferrarini publient, le 1er octobre, un livre intitulé Petit guerrier pour la paix, aux éditions Ibis Rouge. Un récit de la vie d'un petit Kali'na qui deviendra un guerrier pour le renouveau de son peuple.

Un libre-service aux fenêtres rouges où s'entasse une jeunesse plus trop jeune venue dépenser les subsides de l'assistance sociale. On nous a dit de tourner à gauche, juste après ce point de repère glauque dans la commune d'Awala-Yalimapo.
Le repère d'Alexis Tiouka, juriste spécialisé dans le droit autochtone se situe au bout de la route. Il s'active sous le soleil ardent avec son oncle et son cousin à couvrir le toit de deux carbets avec des feuilles de waï ligaturées. « Je veux construire un centre de transmission culturelle kali'na pour les jeunes du village et pour toutes les personnes intéressées. Elles pourront dormir sous le carbet après avoir été à l'abattis et avoir joué du sanpula. Cela devrait être prêt rapidement, il nous manque une trentaine de feuilles » , estime-t-il.
Alexis Tiouka sort, le 1er octobre, Petit guerrier pour la paix avec Hélène Ferrarini. « J'avais dans mes cartons ce projet de livre qui était très juridique. Hélène était venue me voir pour l'accès et le partage des avantages concernant les molécules trouvées dans des remèdes ancestraux. Elle l'a lu et m'a dit OK, on le fait mais à ma manière. » Résultat : le livre s'est transformé en un jeu de questions-réponses très facile à lire de 128 pages. Sa sortie est prévue le 1er octobre. « Le début du livre revient sur mon histoire de petit Amérindien qui avait un père qui s'est saigné pour voir ses enfants étudier et réussir. Malheureusement, je n'étais pas très porté sur l'école. Il m'avait offert une ardoise, en ardoise véritable. On lui avait dit que c'était l'outil indispensable des bons élèves. Il m'attrape un jour sur la plage en train de transformer mon objet précieux en frisbee. Le regard et la ceinture qui ont suivi mon retour à la maison ne m'ont jamais quitté » , se souvient Alexis Tiouka qui obtiendra d'abord un master en architecture et urbanisme puis plus tard un master en droit international des autochtones.
Son frère aîné est devenu électricien, son frère cadet Félix Tiouka est devenu une sommité chez les Kali'na après son discours de 1984 qui sonna le réveil amérindien (voir encadré) et le petit frère, Maurice est journaliste à France Télévisions.
« Le livre évoque les conflits qui lient la France et les Amérindiens de Guyane. Nous revenons sur notre réveil en 1984. Sur la manière dont nous avons rassemblé les nations amérindiennes pour dire stop aux pillages, stop à notre ignorance de la part de l'État français. Nous nous sommes rassemblés, cette année-là, pour dire que nous existions, que nous étions les premiers habitants de la Guyane, que nous avions plus qu'un droit de regards sur nos terres mais des droits ancestraux » , précise Alexis Tiouka qui n'a pas abandonné le combat pour une souveraineté amérindienne de plein exercice sur les terres sacrées. De 1984 naîtra les terres de droits d'usages, des terres qui se confondront avec la nouvelle commune d'Awala-Yalimapo, créée le 31 décembre 1988 après une séparation du territoire de la commune de Mana. « Avec le temps, nous nous rendons compte que le statut communal n'est pas celui qu'il nous faut si nous voulons nous développer. Il y a trop d'entraves, de normes et d'interdiction puisque nous sommes aussi dans une réserve, celle de l'Amana. Il est temps de réfléchir à notre avenir et à de nouvelles formes de gouvernance, affirme Alexis Tiouka. Il est temps d'exprimer notre citoyenneté autochtone dans notre guyanité. » Un message de paix en direction de la jeunesse amérindienne bien plus radicale que ce qu'ils étaient il y a trente-quatre ans. Le message d'un guerrier du droit qui a compris que la paix était nécessaire pour avancer avec patience et méthode « afin que toutes les composantes de la Guyane vivent ensemble dans un respect mutuel sur un espace partagé » , conclut le juriste international depuis son hamac, bercé par le vent du large alors que le soleil se couche au-delà du village de Galibi, au Suriname voisin.
Petit Guerrier pour la paix, Éditions Ibis Rouge, sortie le 1er octobre , 128 pages, 15 euros.
1984 nous contemple
I Extrait du discours de 1984 de Félix Tiouka. « Nous ne nous laisserons plus facilement leurrer par de belles paroles et nous reconnaissons, sous vos propositions à l'allure progressive, la négation de nos droits ancestraux et de notre volonté de demeurer ce que nous n'avons jamais cessé d'être : des Amérindiens. » « Le discours et le rassemblement amérindien de 1984 est issu des mouvements nord-américains des Black Panthers et de l'American indian movement (AIM, qui veut dire but en anglais). Lors de nos études en Europe, nous sommes rentrés en contact avec ces mouvements et nous avons pris conscience de notre identité et de la mise en danger de celle-ci. Alors la lutte a commencé » , se rappelle Alexis Tiouka qui raconte cette histoire dans Petit guerrier pour la paix.
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VOS COMMENTAIRES
  • Paassy - 06.09.2017
    "Un libre-service aux fenêtres rouges où s'entasse une jeunesse plus trop jeune venue dépenser les subsides de l'assistance sociale."
    Ce cliché méprisant était-il nécessaire ?
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