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Christophe Sirugue visite nos usines

France-Guyane 16.02.2017
R.F.

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Christophe Sirugue visite nos usines
Bernard Boullanger a fait visiter son usine au secrétaire d'État à l'Industrie et au préfet hier (RF)

Le secrétaire d'État à l'Industrie visitait hier matin les locaux de la Solam. Bernard Boullanger, à la tête de la Société laitière de Macouria, n'a pas manqué d'appuyer sur les spécificités locales et les menaces qui pèsent sur elle.

Christophe Sirugue a pu goûter au « Fraîchement produit en Guyane » . C'était hier à la Solam, installée à la Carapa. Mais avant le plaisir des papilles, visite d'une heure de la société.
Bernard Boullanger a conduit la visite guidée réservée au ministre et sa délégation, sur fond de bruits des machines. Extérieur, intérieur ; revue des 200 références de yaourts, desserts et jus ; fabrication, stockage, chambre froide, emballage, départ pour les camions. Il a tout vu. Surtout, les spécificités locales. « À cause de la corrosion, on fabrique notre air pour pouvoir faire marcher les machines, montre Bernard Boullanger. On a été obligé de déshumidifier l'air et on est obligé d'avoir des zones de stockage pour ça, sinon on a des risques après sur les emballages. »
UNE ADAPTATION PERMANENTE
Le chef d'entreprise n'a eu de cesse de comparer son usine à celles de l'Hexagone. « Notre usine fait en un an ce que l'usine du Mans fait en trois jours! [...] En Métropole, c'est 80% d'usine et 20% de stockage. Ici, c'est l'inverse. Il nous faut donc énormément de foncier pour conserver la matière première. [...] Pour le même volume, on a besoin de 45 salariés ici, trois là-bas... » En résumé, « des quantités et des quantités d'adaptation » au petit marché local.
Ce qui a impressionné le ministre, qui retiendra de la Guyane « l'adaptation extraordinaire des entreprises à la réalité du marché guyanais » . Jugeant l'industrie agroalimentaire guyanaise encore « trop en arrière » , Christophe Sirugue a insisté sur l'enjeu de l'organisation de filières locales. C'était son message pour l'agroalimentaire comme pour le minier (lire ci-dessous).
(1) Exonération de cotisations patronales d'assurances sociales et d'allocations familiales, qui devrait prendre fin en septembre.
Les opérateurs miniers rencontrent le ministre
Après une escale au placer Dieu merci, à Saint-Élie, Christophe Sirugue s'est entretenu avec les opérateurs miniers en fin d'après-midi.

Avant de reprendre l'avion, réunion de travail pour le secrétaire d'État à l'Industrie, autour des opérateurs miniers et de la députée Chantal Berthelot.
Principale demande formulée hier : la clarification des compétences entre l'ONF et la Deal en termes d'inspection. « Nous souhaitons que ce soient les inspecteurs de la Deal qui contrôlent les exploitations minières, résume Carol Ostorero, présidente de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane. Les compétences de l'ONF relèvent du code forestier. De nouvelles compétences lui ont été octroyées au titre du code de l'environnement mais malgré tout, à l'intérieur du périmètre minier, nous considérons que c'est notre administration de tutelle, la Deal, qui possède des ingénieurs en capacité de comprendre et gérer des situations en mines. » Réponse du secrétaire d'État : « C'est la complémentarité qui doit être portée, que chacune des inspections puisse être faite en commun (pour que) chacun amène son expertise. »
Autre sujet mis sur la table : l'instruction des dossiers miniers. La présidente de la FedomG réclame des moyens humains supplémentaires à la Deal. « Toutes les concessions minières de Guyane, 27 concessions, sont arrivées à échéance en même temps, poursuit Carol Ostorero, qui a déjà écrit à Ségolène Royal. Ça va faire un surcroît de travail très important. On va se retrouver comme il y a cinq ou six ans, avec des artisans et PME qui n'avaient pas de titre minier parce qu'il n'y avait personne pour les instruire. Parmi ces dossiers, il y a ceux de la montagne d'Or, qui mobiliseront aussi beaucoup d'inspecteurs. »
Les projets miniers étant reportés à l'examen 2018 de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), les opérateurs miniers craignent par ailleurs de n'être approvisionnés en énergie que tardivement (horizon 2025, avec cinq ans de retard au moins). Christophe Sirugue rappelle que la PPE « n'interdit pas des options qui peuvent être de tirer les lignes pour aller jusqu'aux lieux d'exploitations ou (trouver) d'autres options in situ. » Il estime que le meilleur moyen d'y arriver est de mutualiser.
D'autre part, le secrétaire d'État insiste sur la nécessité « de mettre en place un comité stratégique de filière régionale » - sans pour autant remettre en cause la compétence de la CTG - afin de mieux structurer la filière et répondre, notamment, au défi de formation qu'imposera l'arrivée de gros projets miniers, afin que des Guyanais occupent les emplois à pourvoir.
Hier après-midi, Christophe Sirugue a rencontré les opérateurs miniers à Cayenne.
R.F.
Quarante-huit heures en Guyane
Le secrétaire d État à l'Industrie, Christophe Sirugue, vient de passer deux jours sur le territoire. Après la Cogumer et une visite du CSG hier, où il a assisté à son premier lancement (photo), le point sur sa journée d'hier à la Solam et auprès des miniers.
(DR)
Le secrétaire d'État promet d'intervenir à Bercy
À l'issue de la visite, Bernard Boullanger a glissé à Christophe Sirugue un dossier crucial, exposant les menaces auxquelles est confrontée la Solam, comme d'autres entreprises locales. Telle la définition de la transformation dans la dernière loi de finances. La MPI (association des moyennes et petites industries) demande en effet à ce qu'elle soit révisée. « Ça va nous pénaliser, assure le patron. Ça fait deux mois qu'on explique que ça va devenir grave. (Dans cette loi) on a donné une définition douanière de la transformation alors qu'avant, il y avait une définition normale de process. C'est le process qui permettait de transformer un produit. Un certain nombre de produits vont sortir de la transformation, on aura un différentiel sur l'octroi de mer et un problème de compétitivité évident! » Autrement dit, 40 à 50% des produits transformés en Guyane seront exclus de l'octroi de mer. Un coup de massue financier.
Le ministre prend l'engagement de se pencher sur la question et de « regarder avec Christian Eckert (Budget) comment ne pas porter atteinte, par cette décision, aux intérêts économiques qui sont développés ici » . Questionné sur l'impact de sa venue à deux mois de la présidentielle, il complète sa réponse : « Qu'il y ait une échéance électorale ou pas, un déplacement comme celui-ci (permet de) repartir avec des problématiques spécifiques. Ce point-là, on ne m'en parle pas ailleurs qu'en Guyane. On peut parfois régler ça simplement par un arrêté, un décret... chaque minute compte. Si je ne viens pas, ça ne remonte pas ou tard. Et là, le mal est fait. » La Lodeom (1) est l'autre (vieux) problème des entrepreneurs locaux, sur lequel a également insisté Bernard Boullanger. « Elle est indispensable pour nous! C'est comme pour la défiscalisation : si on a pu investir 13 millions sur l'usine, c'est qu'on a eu la défiscalisation qui nous a portés... » , glisse-t-il au milieu de la visite au secrétaire d'État.
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