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MARDI - « Et si on exportait nos melons »

France-Guyane 06.11.2018
Propos recueillis par Angélique GROS

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« Et si on exportait nos melons »

Créée en 2012, l'Association interprofessionnelle des filières végétales de Guyane (Apifiveg) appuie les coopératives agricoles et les acteurs de la filière végétale pour les aider à se structurer. Rencontre avec l'agronome Gilles Sanchez, son président.

Quelles sont les productions les plus développées en Guyane ?
ÉCONOMIE. Les agrumes et les fruits. On essaie de développer en particulier certaines productions comme la tomate, car ce sont des produits d'appel pour la grande distribution. Les fruits sont plutôt produits dans l'Ouest car il y a un sol plutôt sableux et un ensoleillement plus important. À l'Est, le climat est plus humide, avec des sols plus argileux qui s'adaptent davantage au maraîchage mais il y a aussi des productions de fruits.
Comment la production locale a-t-elle évolué depuis 2012 ?
Le nombre d'agriculteurs évolue chaque année car il y a des aides qui les incitent à s'installer mais il y a un important point de blocage : le manque de techniciens.
2,5 millions d'euros doivent être débloqués pour l'aide technique...
Oui, au mois d'août, nous avons fait remonter les besoins auprès de la chambre d'agriculture qui va gérer ce dossier : 42 demandes de techniciens ont été déposées par les interprofessions dont deux demandes pour des adhérents de l'Apifiveg : l'Aprofel et l'Amaseguy. Nous avons fait une demande commune avec Intervig pour un poste d'animateur visant à appuyer les agriculteurs. Notre objectif est que les structures gèrent elles-mêmes les techniciens. Notre rôle est d'évaluer les besoins, pas de porter les projets.
Quels sont vos leviers pour participer au développement de la filière ?
On est sur tout ce qui est structuration et appui à la création d'associations et de coopératives. On s'occupe aussi de la promotion de la production locale. La vente directe se porte bien, elle est presque à saturation, mais la demande augmente de la part des consommateurs qui veulent se fournir dans les supermarchés, primeurs, donc on essaie de travailler davantage sur la distribution et la transformation. Il faut aussi considérer qu'aujourd'hui, les jeunes agriculteurs cherchent à se consacrer davantage à leur production. Le marché de proximité, ça leur prend deux à trois jours par semaine. On a créé un logo qui permet de différencier les produits de nos agriculteurs et qu'on peut voir sur les produits vendus par notre principal grossiste, Midi Caraïbes.
Vous êtes en train de mettre en place un observatoire des marchés...
Oui, nous avons lancé une étude en juin car on manque de statistiques : données de production, type de production, ce qui est vendu, importé, etc. Ces chiffres vont nous permettre d'orienter la filière et de détecter des marchés porteurs. Nous voulons impulser une dynamique régulière d'analyse de ces données pour anticiper les tendances.
En quoi la structuration de la filière est-elle importante ?
Jusqu'à présent, chaque agriculteur arrivait à tirer son épingle du jeu grâce à des aides à la modernisation, à la dotation jeune agriculteurs, etc. Mais ces aides ne vont pas durer indéfiniment. Si on ne se structure pas, si les organisations professionnelles n'arrivent pas à devenir indépendantes, elles ne pourront pas embaucher de techniciens et ne pourront pas vivre.
Combien de producteurs représentez-vous ?
On représente entre 180 et 200 producteurs, mais on manque de données par rapport à leur production totale. La Guyane est le seul département auquel l'Odeadom autorise l'accès aux aides sans avoir les statuts officiels des coopératives. Pour qu'une coopérative bénéficie des aides Posei, ses adhérents doivent écouler l'intégralité de leur production chez eux, or ce n'est pas le cas chez nous...
Combien d'agriculteurs compte-t-on en Guyane ?
L'Agreste (la statistique, l'évaluation et la prospective agricole, ndlr) estime qu'il y en a à 6 000 mais la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt parle d'environ 700 ou 800 agriculteurs professionnels. Il y a un problème de réalisme sur les chiffres techniques du maraîchage. Il est inscrit qu'on produit 160 hectares de tomate en Guyane mais je pense qu'on est à peine à 10 hectares. Le plus gros producteur, à Stoupan, cultive à peu près 2 hectares hors sol. En plein champ, on ne peut en faire uniquement en saison sèche et ce sont des productions de 3 000 mètres carrés.
Les déséquilibres de production sont-ils liés à la méconnaissance du marché ?
Non. Les agriculteurs ont des exploitations de petite taille et sont trop isolés pour travailler sur des gros marchés. Nous voulons réussir à amener davantage de cohérence dans la production et réunir des spécialistes pour ensuite alimenter un marché plus important. La production y est, mais certains agriculteurs ne voient pas l'intérêt de ramasser la totalité de leur récolte : ils en prennent juste assez pour le marché. Là aussi, on a un travail à faire sur la manière de pouvoir proposer ponctuellement aux agriculteurs des ouvriers spécialisés. On aimerait créer un groupement d'employeurs, une sorte de boîte d'intérim pour l'agriculture.
Y a t-il des projets tournés vers l'export ?
Oui : le melon. Quand on fait du melon en Guyane, c'est la saison des cyclones aux Antilles, donc ils n'ont aucune production. On a des surfaces pour ça, des agriculteurs qui commencent à bien maîtriser la production donc c'est typiquement le produit qu'on pourrait travailler à l'export. On va lancer le projet avec le réseau d'innovation et de transfert agricole (Rita) à partir de 2019.
3 QUESTIONS À... PHILIPPE-EMMANUEL KESTELOOT, directeur de Midi Caraïbes Guyane : « Les consommateurs ne prêtent pas attention aux saisons »
Vous êtes grossiste depuis vingt ans en Guyane. Quel pourcentage la part des produits locaux représentent-ils dans votre activité ?
40% de notre activité. On travaille 300 tonnes tous produits confondus chaque mois dont 120 tonnes de produits locaux. On représente environ 75% du marché. On est les seuls grossistes à être spécialisés en fruits et légumes. On travaille avec une soixantaine de producteurs locaux pour de la salade, de la banane légume, dessert, concombre, ananas, chaddek, citron, aromates, racines, etc. Mais pour les produits type oignon, ail, poireau, on est obligés d'importer.
Y a-t-il eu beaucoup de fluctuations dans les fruits et légumes disponibles, ces dernières années ?
Depuis trois ou quatre ans, il y a eu une baisse importante des producteurs de tomates et on a dû importer de la tomate de Saint-Domingue, ce qui ne nous intéresse pas du tout. En ce moment, il manque des oranges et on est obligés d'importer. La filière est en développement : il y a vingt ans, on importait de la courgette, de la salade de Métropole, mais plus aujourd'hui. L'important, à présent, c'est de l'organiser car si vous avez 200 agriculteurs et qu'ils fournissent le même produit, ça ne sert à rien... C'est pour ça qu'on a formé l'interprofession : pour savoir quoi mettre en production.
Quelle est votre principale difficulté en tant que grossiste de fruits et légumes ?
Notre difficulté, comme tout le monde, c'est d'avoir le produit. Il y a un manque en tonnage et en régularité, surtout à cause du climat. Mais le problème, même si ça commence à changer, c'est que les consommateurs comme les grandes surfaces veulent des produits sans prêter attention aux saisons...
Repères
13 adhérents représentés au sein de six familles
Production : Biosavane, Cop'fleg, Aprofel, Apapag, Amaseguy
Approvisionnement : Aprosem, Batiment guyanais, Guyane agro systeme
Transformation : Délice de Guyane-Solam
Distribution : Carrefour Matoury, Super NKT
Restauration collective : Sodexo
Négoce-importation : Midi Caraïbes Guyane.
1 salarié qui travaille en prestation de service.
170 000 euros de budget de fonctionnement en 2018 financés grâce aux fonds européens Posei, mais qui ne seront pas dépensés entièrement.
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