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MARDI - La filière viande veut avoir la main « de la fourche à la fourchette »

France-Guyane 04.12.2018
Propos recueillis par Guillaume REUGE

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La filière viande veut avoir la main « de la fourche à la fourchette »

Alors que le Mois de la viande locale vient de se clôturer, focus sur l'animateur de la filière élevage : l'interprofession de l'élevage et des viandes de Guyane. Entretien avec son président, Patrick Labranche.

Quand a été créée l'Interprofession de l'élevage et des viandes de Guyane (Intervig) et pourquoi ?
ÉCONOMIE. En 2012. L'idée est partie de la volonté des professionnels de faire en sorte que les différents partenaires de l'agriculture définissent ensemble les besoins du territoire. En Guyane, et c'est une particularité du département, il n'y a pas d'animosité entre éleveurs et distributeurs, au contraire. L'Intervig réunit toute la filière de la viande, de la fourche à la fourchette, de l'éleveur au distributeur, en passant par le transformateur et l'abatteur.
À quoi sert cette table ronde de l'élevage ?
C'est une structure qui rassemble les différentes branches professionnelles déjà constituées et organisées en coopérative (éleveurs) ou fédération (transformation, distribution, abatteur). L'Intervig est l'engrenage qui permet de créer du lien, de mettre tout le monde autour de la même table.
Cependant, l'Intervig ne fait pas les choses à la place des professionnels. Elle a un rôle de pilotage, de surveillance, d'accompagnement. La finalité, c'est de développer la filière, de consommer davantage de viande locale et de faire en sorte que tous les acteurs travaillent ensemble. Chacun a voix au chapitre.
Qu'a apporté cette organisation à la filière élevage ?
L'interprofession nous a permis de signer des conventions de commercialisation entre éleveurs et distributeurs, d'augmenter le taux de production car nous avions des indicateurs des distributeurs sur les besoins. Ça nous a aussi ouvert des marchés comme les cantines scolaires, puisque la restauration collective est représentée à l'Intervig.
Que représente le Mois de la viande locale pour vous ?
Cette troisième édition est une nouvelle occasion de vanter les mérites de nos viandes guyanaises de qualité, élevées à l'herbe. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a deux volets dans le Mois de la viande locale. Un premier de promotion de nos produits et un second de sensibilisation du grand public à nos savoir-faire. Il y a eu, par exemple, des portes ouvertes à la ferme Ringuet, très suivies par le public. J'ai moi-même reçu des scolaires au marché de Cayenne où j'ai une échoppe sous la halle.
Pouvez-vous détailler ce que l'Intervig a obtenu sur les oeufs et aimeriez-vous décliner cet acquis à d'autres produits ?
Nous avons tout simplement obtenu la primauté pour les producteurs guyanais d'oeufs. En 2002, nous avons jeté 1,2 million d'oeufs en Guyane, 850 000 en 2003 et on a dit stop! Il fallait réagir, saisir l'Union européenne, ce qui a été fait. On s'est dit que si on ne pouvait pas faire interdire les oeufs réfrigérés qui arrivent par bateau, nous ferions au moins respecter la législation sur les oeufs frais, qui doivent être consommés dans les 28 jours après la ponte. La réponse ne s'est pas fait attendre puisque les producteurs hexagonaux ont élargi la date de consommation à 40 jours. Mais avec trois semaines de bateau et cinq jours de déchargement, il ne restait que quinze jours aux grandes surfaces pour vendre ces oeufs et elles n'y arrivaient pas. Du coup, en 2005-2006, nous avons obtenu l'interdiction de l'importation d'oeufs réfrigérés en Guyane. Les producteurs locaux sont désormais souverains.
À l'instar de ce qu'on a fait sur l'oeuf, on peut le faire sur d'autres produits. On ne cherche pas l'autosuffisance alimentaire, c'est une utopie, mais au moins avoir la main sur les produits que l'on sait faire.
LE STATUT DE L'INTERVIG
L'interprofession de l'élevage est une association, dirigée par un conseil d'administration où siègent neuf élus : quatre représentants de la filière production, deux pour la distribution et un pour la restauration et la transformation.
La présidence de l'Intervig est tournante, tous les deux ans. L'interprofession est financée dans sa majorité par des subventions européennes (Posei) auxquelles s'ajoutent les cotisations de ses membres.
L'Intervig Guyane, créée en 2012, est la dernière a avoir été montée en Outre-mer. L'interprofession de l'élevage de La Réunion existe depuis les années 1980, mais seule l'Intervig de Guyane a réussi à fédérer l'ensemble des distributeurs au sein d'une même fédération, preuve de la volonté de consensus recherchée par l'Interprofession.
SES PROJETS
Une des utilités de l'Intervig pour la filière élevage : trouver des débouchés. Après avoir obtenu la primauté des oeufs frais guyanais dans les grandes surfaces du département, l'Intervig travaille aujourd'hui à la création de labels de qualité pour les produits locaux. Une « motion valorisante » qui doit répondre à un cahier des charges validé par la préfecture. Une démarche qu'un producteur seul aurait du mal à mener et qui est donc négociée à l'échelle des branches professionnelles et de l'interprofession. Investir davantage la restauration collective est aussi un objectif de l'Intervig, selon son secrétaire général, Frédéric Galan.
La loi alimentation impose dès 2022 un quota de 50% de produits locaux ou issus de l'agriculture biologique pour la composition des repas hors foyer (cantine scolaire). Selon l'interprofession, la Guyane serait aujourd'hui à 5%, ce qui laisse entrevoir une marge de progression pour l'Intervig qui souhaite baisser ses coûts de production pour réduire le différentiel existant entre un produit frais local et un produit importé et, ainsi, être plus concurrentiel.
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VOS COMMENTAIRES
  • Affreux Jojo - 04.12.2018
    Même si je suis un peu hors sujet, je ne résiste pas au plaisir de saluer le travail de nos producteurs. La viande de Guyane est excellente.
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