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Macron a les clés de la montagne d'Or

France-Guyane 21.08.2015
Karin SCHERHAG

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Macron a les clés de la montagne d'Or

Emmanuel Macron s'est rendu hier au pied de la montagne d'Or pour y découvrir le projet minier de la société canadienne Colombus Gold. Si rien n'est encore signé, le ministre de l'Économie s'est montré sensible à ce « projet qui se veut exemplaire » .

La montagne d'Or, dans l'Ouest guyanais, est bien connue des orpailleurs. Exploitée depuis le XIXe siècle, la zone semble pourtant n'avoir pas livré tous ses trésors. L'entreprise canadienne Colombus Gold, l'un des leaders mondiaux de l'industrie aurifère, l'a bien compris. En 2010, elle rachète la société guyanaise Sotrapmag, titulaire de la concession jusqu'en 2018. Objectif : développer ici un ambitieux projet d'extraction d'or. Un investissement de 500 millions d'euros sur treize ans et à la clé, la création d'environ 400 emplois directs.
En perçant une mine à ciel ouvert dans la montagne (un trou béant long de 2,5 kilomètres, large de 600 mètres et profond de 200 mètres), le géant canadien espère produire dès 2020 pas moins de 7, 3 tonnes d'or par an. Les premières études de sol estiment à 6 milliards de dollars la valeur du gisement. Mais pour faire main basse sur la montagne d'Or qui porte décidément bien son nom, il faudra convaincre le gouvernement français de donner son feu vert à la réalisation d'un tel projet. Et en premier lieu, à Emmanuel Macron, présent sur place hier. Le ministre de l'Économie, qui vient d'engager une concertation sur la réforme d'un code minier « plus vert » , s'est montré très sensible aux préoccupations des investisseurs. « On doit pouvoir trouver un équilibre entre les intérêts des industriels et les enjeux environnementaux, a précisé le ministre. Et nous sommes ici face à un projet qui se veut exemplaire et que je veux exemplaire. Nous aurons à nous prononcer d'ici un an sur le renouvellement de la concession mais nous avons affaire à un industriel de rang mondial qui propose une meilleure pratique du métier et qui est décidé à investir sur le territoire guyanais. Nous devons réussir à travailler de concert, en respectant des contraintes scientifiques, environnementales et sociales. L'économie doit avancer car c'est l'avenir de ce territoire qui est en jeu » , a-t-il indiqué. Plus tôt dans la journée, pendant la présentation Powerpoint du projet et de ses problématiques (notamment d'accès et d'acheminement de l'énergie), Emmanuel Macron avait déjà lâché : « Nous allons tout faire pour qu'un projet de cette envergure puisse voir le jour ici. »
Un discours forcément jugé « rassurant » par Robert Giustra, le PDG de Colombus Gold, qui a rappelé que sa société était signataire du programme de la Mine responsable, mis en place par le ministère de l'Économie. Le Canadien devra présenter son étude finale de faisabilité en mars 2017.
(KS)
Des socioprofessionnels mitigés
Emmanuel Macron a rencontré hier matin au sein de la chambre de commerce et d'industrie les principaux acteurs du secteur économique du département afin de les entendre et, parfois, d'apporter des réponses à leurs questions.
À dé faut d'avoir été entendus, les socioprofessionnels de Guyane ont été écoutés. Hier matin, dans le réfectoire de la chambre de commerce et d'industrie (CCIG), Emmanuel Macron a présidé une grande tablée autour de laquelle étaient rassemblés les principaux acteurs du secteur économique du département.
Président de la fédération du BTP (bâtiment et travaux publics), Olivier Mantez a estimé que le ministre « a pris conscience des problématiques de la Guyane » . Il ajoute : « (Emmanuel Macron) s'est engagé à ce que l'État soit plus réactif, qu'il y ait plus de cohésion, notamment sur les problématiques bancaires. » Par ailleurs, il espère que le ministre interviendra afin de débloquer la situation quant aux accords obtenus voilà trois mois par la fédération avec l'État qui, depuis, ont été gelés par Bercy.
Stéphane Lambert, président du Medef, se félicite que la demande d'installation d'un référent Guyane au ministère de l'Économie ait été entendue. « On a surtout essayé de l'éclairer sur la réalité guyanaise en terme de création d'emplois » , a-t-il précisé.
« LE QUOTIDIEN DES ENTREPRISES »
Joëlle Prévot-Madère, présidente de la CGPME, a préféré insister sur « le quotidien des entreprises et l'importance de tendre vers une stabilité de l'environnement économique » . Elle a également souligné les difficultés que pose la baisse régulière du taux d'exonération des charges sociales pour les entreprises, à travers la Lodeom.
À ses deux questions, Bernard Boullanger (moyennes et petites entreprises) a obtenu une réponse. « Avoir intégré l'octroi de mer à la RGEC (règlement général d'exemption par catégorie) fait que l'on a atteint le plafond et que l'on ne peut plus profiter des autres aides, explique le chef d'entreprise. Le ministre a répondu que l'État subit comme nous les diktats de l'Europe. » Une réplique presque aussi insatisfaisante que l'absence de réponse concernant l'arrêt programmé de la défiscalisation à la fin 2017. Enfin, le président de la CCIG, Richard Gabriel, a su apprécier « des échanges très positifs » avec Emmanuel Macron tout en s'inquiétant des délais de délivrance - quatre à mois - d'un Kbis (fiche d'identité d'une entreprise) auprès du tribunal de commerce. « Le bruit court que les entreprises vont s'inscrire dans d'autres tribunaux, aux Antilles ou ailleurs, pour ne pas avoir à attendre » , a déclaré le président. Sur ce point, le ministre s'est engagé à « formuler une réponse avant le 15 octobre » .
Françoise Gimel, première vice-présidente de la CCIG, remet un présent à Emmanuel Macron au sortir de la réunion, hier matin à Cayenne (FG)
Macron n'a pas chômé
Le ministre de l'Économie se souviendra de sa première visite en Guyane. Après une journée de jeudi bien chargée au cours de laquelle Emmanuel Macron s'est rendu à Bélizon puis à Kourou « pour la découverte des filières bois et spatial, il n'a pas relâché la pression hier. Petit-déjeuner avec les socioprofessionnels à la CCIG, suivie d'une visite du marché de Cayenne, de la découverte du site aurifère de la montagne d'Or puis retour à Cayenne pour assister à l'arrivée du Tour de Guyane. La nuit passée dans l'avion qui le ramenait à Paris ce matin a dû lui être bénéfique...
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