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« Tous les cinémas d'Outre-Mer sont en danger »

France-Guyane 06.03.2018
Propos recueillis par Guillaume REUGE

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« Tous les cinémas d'Outre-Mer sont en danger »
Alexandra Elizé, directrice des complexes Agora et Urania, attend une dérogation de la taxe spéciale additionnelle pour les cinémas d'Outre-mer (DR)

Alexandra Elizé, la directrice des complexes Agora à Matoury et Urania à Kourou fait part des défis économiques qui attendent les cinémas guyanais. Avec pourtant 300 000 entrées pour l'Agora en 2017, la vie du multisalles n'est pas un long fleuve tranquille.

C'est plus difficile d'exploiter une salle en Guyane ?
Oui. Dans les départements et régions d'Outre-Mer en général. Déjà, le coût de construction, avec les normes cycloniques et sismiques, n'est pas le même qu'en Hexagone. Ensuite, nous devons gérer notre propre système de sous-distribution. Un distributeur classique ne va pas aller naturellement vers Kourou. Tous ces frais d'approche, de droits de douanes et de taxe d'importation ont un coût que j'estime être 30% plus élevé que dans l'Hexagone. Surtout, nous craignons la taxe spéciale additionnelle (TSA), une taxe de l'État, calculée sur les recettes de nos entrées, et reversée au Centre national du cinéma (CNC), l'établissement public en charge du cinéma français, pour moderniser les salles ou soutenir la production de films. Cette taxe, actuellement de 10, 72% dans l'Hexagone, est très élevée. Avant 2016, elle ne concernait pas les Antilles-Guyane. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et bien que nous ayons obtenu un échelonnement progressif pour atteindre les 10, 72% seulement en 2022, nous, exploitants de cinémas, avons peur de son instauration. Nous avons même créé, en décembre dernier, le syndicat des exploitants de cinémas d'Outre-Mer (Secom) pour faire bloc sur cette question.
L'avenir du cinéma en Guyane s'en verrait obscurci ?
Selon moi, tous les cinémas des départements et régions d'Outre-Mer sont en danger. Les petites salles comme les grands complexes. Les coûts de fonctionnement et d'exploitation sont importants pour les cinémas en général. Qu'il y ait du monde ou non dans la salle, le film est quand même diffusé. Et en semaine, les journées sont calmes. Cette taxe, si elle est pleinement mise en place, nous rendrait encore plus déficitaires que nous le sommes déjà. Pour l'instant, nous avons obtenu une dérogation qui nous permet de n'être prélevés que de 3% en Guyane, mais nous sommes fortement inquiets pour la suite. Nous n'avons pas les mêmes recettes que les cinémas hexagonaux et si nous augmentons le prix du billet, cela se fera au détriment de la fréquentation qui baisserait et deviendrait plus élitiste. J'ai écrit au directeur général délégué du CNC, le numéro deux de la structure, qui considère la taxe comme une chance de « modernisation du parc de salles » et « d'application réelle de la politique du CNC de diversification de l'offre » pour les cinémas ultramarins. Sauf que pour percevoir les aides de modernisation du CNC, il faut investir. Avec une taxe si élevée, nous nous trouvons dans l'impossibilité d'investir dans quoi que ce soit. Ce n'est pas un hasard si les Antilles-Guyane ont des taux de TVA bien moindre que dans l'Hexagone. Les spécificités de nos territoires doivent être pris en compte, y compris au niveau de l'offre culturelle.
La sécurité est aussi un poste de dépense important pour vous ?
C'est un enjeu primordial pour nous, qui représente 10% de notre chiffre d'affaires. Chaque fait divers dans une salle de cinéma entache notre image. En Guyane, nous avons déjà un dispositif très important. Les effectifs des agents de sécurité de l'Agora dépassent le double ou le triple du minimum légal. Nous pratiquons la fouille visuelle, nous avons la vidéosurveillance, un maître-chien, un partenariat très étroit avec la gendarmerie nationale. Je pense que l'usage du diffuseur lacrymogène il y a quelques semaines est un acte isolé. En revanche, les incivilités sont légion en Guyane. Les salles et les fauteuils sont détériorés comme nulle part ailleurs. Le complexe de l'Agora n'a que six ans, et pourtant, une bonne partie des sièges est à changer.
Avec ces difficultés, comment ne pas pencher vers une programmation « facile » ?
Nous essayons de conserver une pluralité dans la programmation. Bien que le principal contingent de films que nous diffusons proviennent d'Hollywood, 20% de nos bobines sont issues du cinéma d'art et essai. Nous essayons de ne pas abandonner les films d'auteurs. Nous proposons aussi des séances d'opéra, pour la septième saison cette année, de la version originale, des nuits thématiques, des réalisations locales... Mais c'est une réalité, les comédies françaises et les blockbusters américains sont les plus prisés dans les Antilles-Guyane. Avec une spécificité guyanaise : la propension du public à se jeter sur les films. La fréquentation explose lors des sorties, ce qui explique pourquoi nous renouvelons la programmation toutes les deux semaines. Et puis le cinéma a changé. De plus en plus, nous devons proposer une offre globale et concevoir la sortie cinéma comme un moment de plaisir qui va au-delà du simple visionnage d'un film.
BIO EXPRESS
Alexandra Elizé, 32 ans, gère 25 salles entre les Antilles-Guyane, dont le complexe Agora de Matoury. Une histoire de famille qui dure depuis 80 ans avec la création du premier cinéma à Saint-Pierre de la Martinique en 1939 par son grand-père.
Après une carrière dans le journalisme, elle intègre la saga familiale en 2017 et gère, depuis, l'exploitation de salles et la distribution de films aux Antilles-Guyane.
Les politiques au chevet des cinémas ultramarins
(DR)
Les sénateurs guyanais Georges Patient et Antoine Karam ont déposé des amendements pour obtenir un plafonnement de la taxe spéciale additionnelle (TSA) à 4, 29% pour les cinémas des départements et régions d'Outre-Mer. Ces propositions ont été rejetées par le Parlement. Le syndicat des exploitants de cinémas d'Outremer est également soutenu par l'ancienne ministre des Outre-mer, Éricka Bareigts. Cette dernière a interpellé la nouvelle ministre de la Culture et de la Communication, Françoise Nyssen, sur cette question de la TSA. Peut-être apportera-t-elle quelques réponses sur ce sujet lors de sa visite en Guyane prévue de jeudi à samedi.
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VOS COMMENTAIRES
  • Leonardo - 06.03.2018
    Incapables ! et porcs...
    Et en plus ce sont des incapables ! Les films ne fonctionnent que 2 fois sur 3... et je ne parle pas des guyanais qui sont des porcs et laissent les salles comme une porcherie !
  • RAF973 - 07.03.2018
    Je vous rejoins sur le côté porc de la chose. Les jeunes n'ont de respect pour rien.
  • cél - 06.03.2018
    Hum l'arrivée d'un UGC avec une gestion moderne je trouve que ça ferait du bien à la Guyane. Mais bien sûr Mme, vous avez le monopole, vous gérez mal vos salles mais vous êtes déficitaire? Ah ah, dans le domaine du fort il y en a un qui disait ça et puis un fitness pari est apparu, finalement sans réfléchir il peut descendre à 27€ et ouvrir le dimanche. Vous voyez que laisser entrer un ou 2 mastodonte de l'hexagone pour contrer les béké ça peut faire du bien à une population. On s'en rappelle de votre snack elizé bien dégueu ! UGC ou pathé please venez!!!!! Vos abonnements au mois sont rentables pour nous et au moins on aura des films
  • Leonardo - 06.03.2018
    tremblement de terre et cyclone
    au niveau de cayenne et de toute la guyane, un cyclone est physiquement impossible, sous les 5°nord la force de coriolis est trop faible, et vu la nature du sol et du sous sol, tout tremblement de terre serait imperceptible en surface. Bref, y'a plus qu'à regarder un bon brain-buster à l'américaine ...
  • Paassy - 07.03.2018
    Pas vrai
    Un cyclone en Guyane est physiquement possible. Singapour, qui est situé à 1°17N a connu un typhon (Vamei) avec des vents de 140 km/h en 2001. D'autres cas encore plus proches de l'équateur ont étés observés dans le Pacifique et l'Océan Indien, et même un cas de cyclone ayant franchi l'équateur pour changer d'hémisphère !
    En Guyane, l'Atlantique Sud trop froid pour la cyclogenèse, nous met théoriquement à l'abri. Mais on a quand même vu des cyclones "théoriquement impossible" se développer vers les cotes du Brésil (Catarina par exemple).
    Quant aux séismes, tout le monde sait depuis 2006, que nous ne sommes pas à l'abri (magnitude 5,2 quand même).
  • Sti973 - 06.03.2018
    blague de mauvais gout ?
    L'un des derniers Bilan de l'Agora : CA de 3 706 000 euros et Bénéfice net de 571 300 euros ! Cela représente un benef de 15,40 %. Vous connaissez beaucoup de société avec de tels résultats ?
  • Leonardo - 06.03.2018
    toi visiblement tu ne sais pas compter ! 3 milliards de recette ??? hi hi hi
  • 973Cayenne - 07.03.2018
    @ leonardo
    ou vois tu 3 milliards ? il serait temps d'apprendre à lire les nombres ;-)
    PS : Les données fournies sont celles publiées au greffe et accessible publiquement...
  • Sti973 - 07.03.2018
    A Leonardo
    toi visiblement tu ne sais pas lire les nombres : 3 706 000 euros = trois millions sept cent six mille euros !!! hi hi hi
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