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L'entraide s'organise pour les sinistrés du Maroni

Karin SCHERHAG France-Guyane 06.03.2017
Les premières collectes ont été fructueuses ce week-end. (DR)

Plus de 1 500 personnes seraient sinistrées dans les villages du Maroni, entre Grand-Santi et Apatou. Les fortes pluies de ces dernières semaines ont fait déborder le fleuve et inondé les villages. Un collectif baptisé Na Yu, Na Mi, Na Wi organise actuellement une grande collecte de denrées alimentaires et de produits de première nécessité dans toute la Guyane.

« Aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais vu de telles inondations dès le mois de février. Dans les villages du Maroni, on est habitué aux crues. Mais jamais aussi tôt dans la saison des pluies. » Alasa Furmen, plus connu sous le pseudonyme d'Alonzo, n'est certes pas très vieux. Mais son témoignage fait écho chez les habitants du fleuve. Né à Grand-Citron, un écart de Grand-Santi, il travaille aujourd'hui à Cayenne. Sa mère, elle, est restée au village. Un village qui est aujourd'hui, comme plus d'une dizaine d'autres situés entre Grand-Santi et Apatou, littéralement sous les eaux. Les fortes pluies de ces dernières semaines ont rapidement fait monter le niveau du Maroni, et l'ont fait déborder. Plus de 1 500 personnes seraient sinistrées. « Le niveau a baissé ces derniers jours mais il continue à pleuvoir régulièrement et on s'attend toujours au pire » , ajoute Alonzo. Gilbert, un habitant de Grand-Santi, confirme : « Nous ne sommes pas encore en période de crues. Et on se dit que l'eau va remonter et que ça durera plus longtemps. Il faut qu'on s'y prépare parce que cette fois, les gens ont été surpris. Même les grandes personnes n'avaient jamais vu ça. Dans certains carbets, l'eau a tout emporté. »
« NOUS SOMMES TOUS CONCERNÉS »
Alonzo a tenté d'alerter l'opinion publique. Et les élus. En diffusant quelques photos et vidéos sur les réseaux sociaux. On y voit des villages inondés et des habitants, de l'eau jusqu'à la taille, s'organisant tant bien que mal. « Certaines familles ont tout perdu » , raconte-t-il. C'est pour cette raison qu'avec quelques amis, il a créé le collectif pour les sinistrés du Maroni. Un collectif baptisé Na Yu, Na Mi, Na Wi (comprendre c'est toi, c'est moi, c'est nous) parce que « vous êtes concernés, nous sommes tous concernés » , indique-t-il.
Depuis ce week-end et jusqu'au 19 mars, une grande collecte de denrées alimentaires, de vêtements et de produits de première nécessité est organisée dans toute la Guyane. Et même dans l'Hexagone. Plusieurs points de collecte sont mis en place.
Comme ce week-end, au Carrefour de Matoury, et au Super U de Kourou, où les clients se sont montrés généreux. Il est aussi possible de contacter directement les organisateurs pour apporter ses dons. « Donnez ce que vous avez, ce que vous pouvez! » , lance Alasa Furmen. Les membres du collectif pourront aussi compter sur la présence de Miss India Guyane et de sa première dauphine, qui participeront activement à la collecte devant les supermarchés de l'Île de Cayenne. Le collectif reste toutefois à la recherche de financements pour assurer la partie logistique (stockage et acheminement).
Ces derniers jours, certains villages du Maroni se sont retrouvés littéralement sous les eaux (DR)
La préfecture de Guyane dit ne pas savoir
Alors que le collectif Na Yu, Na Mi, Na Wi se démène pour collecter des fonds pour les sinistrés, l'aide des élus tarde à arriver. Selon les services de la préfecture, seule la rive surinamaise a été touchée.
 
À Grand-Santi, Gilbert garde son flegme. Mais ne mâche pas ses mots. « Les élus, les pouvoirs publics, personne n'a bougé. Le sous-préfet de Saint-Laurent a même déclaré qu'il n'y avait pas eu d'inondations sur le Maroni. Peut-être qu'on ne vit pas dans le même monde. » Le jeune homme enfonce le clou : « Le président du Suriname s'est déplacé en personne pour aller constater l'ampleur des dégâts et soutenir les populations. Il a même dit qu'il aiderait tous ceux qui sont dans le besoin, quelle que soit leur nationalité. » Alors pour lui, le collectif Na Yu, Na Mi, Na Wi, dont il a appris l'existence il y a quelques jours, est une vraie planche de salut. « C'est une très bonne chose parce qu'on est resté trop longtemps inactif, fataliste » , commente-t-il.
« IL N'Y A PAS DE MUR DE BERLIN SUR LE MARONI »
Du côté de la préfecture de Guyane, on assure n'avoir reçu aucune information concernant les villages du Maroni situés sur la rive française. « Les images viendraient du Suriname, répond-on. S'il y a des inondations en Guyane, les habitants doivent le signaler. »
Alasa Furmen s'agace : « Ils (les élus) n'ont pas pris leurs responsabilités et là, ils ont honte. Honte de voir que les jeunes du fleuve ont la capacité intellectuelle et matérielle de prendre les choses en main. Nous faisons ce que nous pouvons pour les gens de chez nous. Nous ne demandons pas à ce que les politiques fassent quelque chose pour nous. Nous ne cherchons pas à créer de polémique. Notre seul problème aujourd'hui, c'est d'aider nos frères et soeurs, nos mères et pères. Il n'y a pas de mur de Berlin sur le Maroni. C'est un fleuve que nous utilisons tous. Aujourd'hui, nous nous battons pour les villages côté français. Et si nous en avons encore les moyens, nous aiderons les villages du côté surinamais parce que nous sommes tous pareils. [...] Nous sommes fiers de ce que nous accomplissons depuis plusieurs semaines. Ça demande beaucoup de travail, beaucoup d'énergie... Et si les politiques veulent nous aider, ils sont les bienvenus. »
K. S.
Référents en Guyane et dans l'Hexagone
DONS. À Apatou : Ritchenel au 0694 49 36 36. À Saint-Laurent du Maroni : Kaka au 0694 00 79 30 ; Boisrond au 0694 40 45 79 ; Persdam au 0694 15 66 00. À Mana : Ruben au 0694 94 61 40. À Kourou : Gérard au 0694 96 92 11. À Cayenne : Alonzo au 0694 00 50 06 ; Will au 0694 20 61 59. Dans l'Hexagone : Flexy : 06 50 38 39 49.

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VOS COMMENTAIRES
  • carapa973 - 07.03.2017
    sinistrés du Maroni
    Cette initiative des peuples de l'intérieur est une marque de solidarité et d'autonomie remarquable. Le préfet est parfaitement informé de la situation sur le Maroni. Mais n'est-il pas plus facile de fuir ses responsabilités en prétextant qu'il n'y a pas de dégâts signalés sur la rive française alors qu'il y en a sur la rive surinamaise? Mais la population a répondu favorablement aux appels lancés par les compatriotes du fleuve. Ce sont des actes de solidarité qui malheureusement, face à l'inertie des pouvoirs publics (état et collectivités), seront de plus en plus utilisés, dans bien d'autres domaines et sur l'étendue du territoire, comme pour l'insécurité , le foncier, la santé, etc.
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