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« Trois quarts du littoral guyanais sont menacés »

France-Guyane 14.02.2017
Propos recueillis par Laurent MARIMOUTOU

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« Trois quarts du littoral guyanais sont menacés »
La Plage de l'Anse, à Kourou, le 19 février 2015 (photo d'archives)

L'Observatoire de la dynamique côtière, mis en place en 2014, étudie l'avancée et le recul des plages de l'Île de Cayenne, de Kourou et d'Awala-Yalimapo. Laure Verneyre, directrice du Bureau de recherches géologiques et minières, fait le point sur ses travaux.

Comment expliquer ces phénomènes d'érosion ?
Le littoral guyanais se caractérise par une dynamique morpho-sédimentaire parmi les plus actives au monde, du fait qu'il se situe sous l'influence immédiate du fleuve Amazone. Les sédiments charriés par le fleuve depuis les Andes sont déversés dans l'Atlantique et entraînés par le courant vers le nord, le long des côtes de Guyane. Les sédiments s'agrègent en bancs de vase au niveau de l'estuaire de l'Oyapock. Ils se déplacent sur les 1 500 km du linéaire côtier guyanais et se dispersent à l'embouchure de l'Orénoque au Venezuela, si bien que les plages guyanaises connaissent une alternance entre une période avec un banc de vase et une sans banc de vase. Ce phénomène conditionne toute la dynamique côtière, car la présence, ou non, de bancs va déterminer l'installation et le retrait, cycliques, de forêts de mangrove protectrices ainsi que la puissance avec laquelle la houle, qui attaque frontalement la côte par le nord, va atteindre les plages et modifier leur profil.
Beaucoup de plages sont-elles touchées ?
On estime que 75% du littoral guyanais est aujourd'hui menacé par les fluctuations du trait de côte, ce qui contraint fortement la mise en valeur et l'aménagement du littoral guyanais. Ces contraintes devraient en outre connaître une accentuation en raison du changement climatique et de l'augmentation du niveau de la mer. Parallèlement à ces phénomènes, l'essentiel de la population et des activités se concentrent sur le littoral.
À quoi sert l'Observatoire de la dynamique côtière ?
L'Observatoire s'inscrit dans une logique de suivi durable des zones côtières pour permettre un appui aux politiques publiques de gestion du littoral ainsi qu'une source de retour d'expérience et d'aide à la décision lors des événements côtiers exceptionnels. ?[...] Courant 2014-2015, le suivi s'est effectué sur trois sites : les plages de la presqu'île de Cayenne, les plages de Kourou et celles d'Awala-Yalimapo.
Quelles sont vos observations ?
Sur les plages de la presqu'île de Cayenne (anses de Rémire, Monjoly et Montabo), on observe un envasement généralisé et progressif des anses. Leurs évolutions morphologiques se sont stabilisées et on n'observe plus de variations significatives au niveau des profils de plage et de la position du trait de côte.
Au niveau du littoral de Kourou, sur la grande plage et la plage des Roches, on observe un phénomène de rotation de plage. Les valeurs maximales observées de recul du trait de côte sur la partie ouest de la grande plage de Kourou atteignent 30 à 40 mètres. Ce recul très préoccupant menace à court terme les enjeux situés en arrière de la plage et la fragilisation du cordon sableux le rend particulièrement vulnérable aux phénomènes de submersion marine. À court terme, aucun signe ne laisse penser à une inversion de la tendance au recul du cordon sableux dans ce secteur. Enfin, sur la plage des Hattes à Awala-Yalimapo, on observe une relative stabilité des profils de plage et du trait de côte. Le phénomène le plus marquant est la rapide progression du banc de vase vers l'Ouest qui protège maintenant la partie orientale de la plage.
Un mur pour protéger le front de mer de Kourou
Alors que plusieurs épisodes de grandes marées sont attendus, la mairie de Kourou a réuni des riverains et des restaurateurs dont les logements et les restaurants sont aux premières loges face au phénomène d'érosion.
Les responsables de la mairie de Kourou expliquent aux habitants des 205 les aménagements envisagés dans leur quartier pour lutter contre l'érosion (LM)
Alors que plusieurs épisodes de grandes marées sont attendus ces prochaines semaines, les riverains du front de mer, à Kourou, voient les vagues grignoter la plage située face à leurs logements. Jeudi soir, une vingtaine de riverains et de commerçants ont été reçus à la mairie. Ils ont rencontré des membres de la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Deal), des représentants de l'État, le directeur de la Simko et le directeur général des services de la mairie Jean-Samuel Szakow. Des riverains de l'Anse ont aussi fait le déplacement.
La mairie et la Simko sont revenues sur les solutions qui seront mises en oeuvre pour protéger le bord de mer. Un arrêté municipal a été signé la semaine dernière pour interdire l'accès aux carbets du front de mer. Les riverains et les patrons des restaurants ont posé de nombreuses questions. Leur besoin d'être rassurés était palpable.
« Nous allons mettre une berlinoise (mur de soutènement) sur 30 mètres de long pour protéger les carbets et pour empêcher l'eau de venir ou de se faufiler sur l'unique route du front de mer. Les carbets ne seront donc plus démontés et cassés. Ils seront gardés interdits au public, car ils se trouvent entre la mer et la route. »
Les riverains se sont dits plutôt satisfaits, mais attendent le résultat et les travaux promis. Les grandes marées, elles, n'attendront pas.
L.M.
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