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CAYENNE - Meurtre de la poste de Baduel : 20 ans pour les accusés en fuite

France-Guyane 15.03.2017
Bernard DORDONNE

3RÉAGIR

Meurtre de la poste de Baduel : 20 ans pour les accusés en fuite
L'exploitation de la vidéo a permis de voir une partie seulement de la scène en raison de sa mauvaise qualité (photo archives)

Ormonde Clarke et Telly Morgan, accusés du meurtre de Steeve Lupon, tué devant la poste de Baduel le 10 juin 2010, ont été condamnés, en leur absence, à 20 ans de réclusion criminelle. Un mandat d'arrêt a été décerné à leur encontre.

Les trois magistrats de la cour qui ont siégé sans les jurés en raison de l'absence des accusés le jour du procès, ont suivi le réquisitoire de l'avocate générale. Hier, ils ont condamné Ormonde Clarke et Telly Morgan à vingt ans de réclusion pour le meurtre de Steeve Lupon, le 10 juin 2010 à Cayenne.
Le président de la cour d'asises a expliqué qu'ils avaient été convaincus par l'exposé du directeur d'enquête. Concernant l'infraction de subordination de témoin reprochée à Ormonde Clarke, la cour l'a acquitté sur ses faits.
Ce procès a été atypique à plus d'un titre. L'un des accusés, Telly Morgan, qui a pris la fuite au Guyana, son pays natal, le jour des faits, est toujours recherché.
Ormonde Clarke, mis en examen des chefs de vol avec violence ayant entraîné la mort, qui avait été placé sous contrôle judiciaire le 8 novembre 2012, a pris la poudre d'escampette la veille de son procès.
Comme ils ont été jugés « par défaut » , l'appel des jurés n'a même pas été effectué. Ce procès est atypique parce que malgré leur condamnation à 20 ans de réclusion criminelle, les deux accusés auront droit à un autre procès le jour où ils vont être interpellés et cette fois en présence des jurés.
TUÉ POUR 40 EUROS
Le plus cruel dans cette affaire c'est que Steeve Lupon a été tué pour 40 euros. C'est la somme qu'il avait retiré du distributeur au moment où les deux braqueurs l'ont attaqué. L'avocat de la partie civile, Me José Lama, a demandé à la cour de rendre justice à la victime.
La bande vidéo située au niveau des distributeurs de billets, qui a été saisie par les policiers, a été l'un des principaux éléments utilisés par les enquêteurs pour permettre de reconnaître les mises en cause.
L'exploitation de la vidéo a permis de voir une partie seulement de la scène en raison d'une mauvaise qualité. À 19h43, deux individus, l'un porteur d'un casque et l'autre d'un bandana et d'une casquette, arrachaient des mains de la victime des billets, soit 40 euros, la frappaient d'un coup de crosse à la tête, se dirigeaient vers un autre distributeur où une femme s'apprêtait à retirer de l'argent. La victime, malgré sa blessure, tentait de s'interposer entre les malfaiteurs et la femme. Une bagarre éclate avec l'un des braqueurs. Un coup de feu est tiré et Steeve Lupon s'effondre.
Juste après les faits, la femme qui était venue retirer de l'argent en compagnie de son voisin, a pris le scooter de ce dernier pour se mettre en sécurité. Le lendemain avec son voisin ils se sont rendus au commissariat pour donner leur version des faits. Ils ont donné des éléments sur les armes qui ont permis aux enquêteurs de faire un rapprochement avec un cambriolage commis dans la nuit du 15 au 16 mai 2010 dans le quartier Mont-Lucas, à Cayenne, au domicile d'un moniteur fédéral de tir sportif, lors duquel quatre armes de poing et des munitions avaient été dérobées.
À l'audience, le médecin légiste qui a pratiqué l'autopsie dit avoir récupéré une balle au niveau du thorax et a constaté la présence de 4 litres de sang au niveau de la cage thoracique. Il souligne que le coup a été tiré à bout portant.
Dans son exposé, le directeur d'enquête a présenté les éléments qui ont permis d'identifier les accusés. Il a indiqué qu'un ancien garde du corps originaire du Suriname, individu qui faisait régner la terreur dans les quartiers de Cayenne à l'époque, les avaient emmenés sur une mauvaise piste. Ce garde du corps, qui était ami avec la victime, a décidé de mener une enquête parallèle à celle des policiers.
L'ENQUÊTE A PRIS UNE AUTRE TOURNURE
Quelques jours avant les faits, des individus avaient volé le scooter de son père. Ayant connu l'identité des voleurs, il a livré leur nom aux policiers. À l'époque, une dizaine de jeunes hommes des quartiers Saint-Martin et Mont-Lucas ont été interpellés. Ils ont tous vu la vidéo pour savoir s'ils reconnaissaient les braqueurs.
L'enquête a pris une autre tournure lorsqu'un individu incarcéré pour le vol du scooter du père du garde du corps met hors de cause les deux personnes interpellées quelques jours auparavant. En voyant la vidéo, il donne le nom d'Ormonde Clarke et Telly Morgan.
Il précise que les deux personnes interpellées grâce à l'informateur faisaient partis de deux gangs ennemis et qu'ils ne pouvaient pas commettre ensemble un braquage.
Malgré cette démonstration du directeur d'enquête, l'avocat de la défense Me Jacques-Olivier Duboisset n'a pas été convaincu de la culpabilité de son client. « Il aurait pu être acquitté, s'il était resté au procès. » Pour la défense, l'individu qui est vu sur la bande vidéo placée au niveau des distributeurs de billets, est l'un des chefs du gang de Saint-Martin - Mont-Lucas de l'époque, qui avait été le premier placé en garde à vue dans cette affaire.
Découverte des gangs
Le meurtre de la poste de Baduel commis en juin 2010 a mis en exergue l'existence de deux gangs à Cayenne. Lors de l'enquête pour connaître les auteurs de ce drame, les policiers du commissariat ont découvert le crew Helsinky du quartier Mango et le crew de Saint-Martin - Mont-Lucas.
Le premier crew cité était dirigé par les membres d'une même famille bien connue à Mango. Ce gang commettait de nombreux braquages mais il s'intéressait aussi au marché de la drogue en Guyane.
L'autre gang était organisé sur le modèle américian. Le leader et deux de ses lieutenants avaient un chauffeur pour les déplacements. Le business du gang de Saint-Martin - Mont-Lucas s'arrêtait uniquement sur les braquages. Aujourd'hui, le nombre de gangs s'est multiplié dans l'Île de Cayenne. Les deux les plus redoutés actuellement par les policiers et les gendarmes sont ceux de Pascaline et de Balata ouest.
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VOS COMMENTAIRES
  • joko973 - 16.03.2017
    Triste spectacle
    Parler des gangs de cette manière, c'est irresponsable et c'est leur faire de la pub. Si la peur existe, je ne le souhaite pas, elle doit changer de camp rapidement.
  • Georges de Cayenne - 16.03.2017
    Qu'est-ce que c'est que cette justice qui remet en liberté des criminel avant leur jugement ? Nous vivons dans un pays de dingues !
  • Biboo973 - 16.03.2017
    Entièrement d'accord. Voilà le résultat maintenant.
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