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Procès de l'obiaman : une affaire complexe

France-Guyane 15.03.2017
Déborah NEUSY

5RÉAGIR

Procès de l'obiaman : une affaire complexe
« On a des gens qui nient tout, jusqu'à leur identité » , s'étonne le procureur. Selon lui, les personnes qui comparaissaient lundi sont particulièrement de mauvaise foi (photo archives)

Le guérisseur accusé de prodiguer des bains purificateurs aux mules et trois autres personnes impliquées dans cette affaire comparaissaient lundi au tribunal de Cayenne. Après des heures de discussions, les prévenus sont passés dans la soirée devant les juges d'instruction et des libertés.

L'affaire commence en juin 2016. Une dame affirme que sa fille aurait été recrutée avec quatre autres personnes pour transporter des boulettes de cocaïne vers l'Hexagone. La jeune fille a témoigné et dénonce plusieurs personnes de Saint-Laurent, dont un certain Meréké et le vieux sorcier appelé Papamodo. Les enquêteurs découvrent qu'une trentaine de voyages ont été effectués vers Paris entre 2016 et début 2017. Grâce aux écoutes téléphoniques, trois hommes sont repérés et le nom Papamodo revient fréquemment. Celui-ci aurait donné des bains aux mules pour les purifier et rendre les boulettes invisibles lors des scanners aux douanes. Il en aurait prodigué une quarantaine, pour un coût de 1 000 euros la prestation. Il est accusé de complicité et de détention de stupéfiants dans le carbet où il opérait. Les trois jeunes hommes sont convoqués par les gendarmes de Saint-Laurent début février pour transport, détention et importation de stupéfiants. Ils sont entendus en garde à vue, en présence d'un avocat et signent leurs déclarations. Laurent B. et Sylvain P. reconnaissent, spontanément, leurs implications dans ce trafic et avouent avoir été recrutés par le troisième, Melvin K., alias Meréké. Ils parlent du recrutement des mules, des voyages au Suriname pour récupérer la marchandise et des bains purificateurs du vieux sorcier surinamais. Melvin K., retrouvé lors d'un contrôle routier, aurait recruté plusieurs mules, qu'il envoie d'abord chez Papamodo, puis vers l'Hexagone. Il dit agir pour le compte de quelqu'un d'autre. Pourtant, le travail des enquêteurs montre qu'il aurait utilisé le téléphone d'un certain Cyril B., dont il a utilisé l'identité pour tenter de rejoindre Paris et qu'il aurait touché 250 euros pour chaque recrutement.
« UN LIEN ÉVIDENT ENTRE LES QUATRE PRÉVENUS »
D'après le parquet, un lien très clair apparaît entre ces quatre personnes. C'est pour cette raison qu'il a souhaité une jonction des dossiers. Les trois jeunes prévenus ont été entendus, à nouveau, lundi, mais ont nié en bloc, malgré la lecture de leurs déclarations par le procureur et le président du tribunal. « J'avais peur, les gendarmes m'ont forcé, ils criaient, ne me donnaient pas à manger et menaçaient de me frapper » , déclare l'un d'eux. Un autre dit ne pas avoir eu d'avocat et ne pas comprendre le français. « On a des gens qui nient tout, jusqu'à leur identité » , s'étonne le procureur. Selon lui, ces personnes sont particulièrement de mauvaise foi, raison pour laquelle le parquet demande au tribunal d'être particulièrement ferme : 5 ans de prison pour Melvin K. et 4 ans pour les deux autres, avec maintien en détention pour les trois. Concernant l'obiaman, pour lequel le parquet n'a aucun doute quant à sa complicité au trafic et à l'abus frauduleux, le procureur demande une peine de 4 ans de prison ferme avec un maintien en détention.
L'avocat de Melvin K., Me Tshefu et celui de Sylvain P. et Laurent B., Me Grelet, ont reproché au parquet d'avoir hypertrophié sa mission et ont invoqué la nécessité de l'ouverture d'une instruction, le dossier n'étant pas en état d'être plaidé.
Quant à l'avocate de Papamodo, Me Larmanjat, elle souhaite qu'il soit relaxé. Le carbet où la cocaïne a été trouvée est un squat avec de nombreux passages, rien ne prouve que la drogue appartenait à Papamodo. Il n'y a, selon elle, pas de complicité. Il accomplit des actes mystiques pour les malades et femmes enceintes, mais n'a pas participé sciemment au trafic de cocaïne.
Après une suspension d'audience, les juges ont remis leur verdict : vu la complexité des affaires, ils estiment que les quatre prévenus doivent comparaître devant un juge d'instruction. Ils y ont été envoyés le soir même ainsi que devant le juge des libertés.
En début de nuit, le juge d'instruction a remis sa décision de refaire des investigations. L'obiaman et Melvin K. sont maintenus en détention jusqu'à vendredi, où ils devront repasser devant le juge. Quant à Sylvain P. et Laurent B., la loi et le temps ont joué en leur faveur, puisqu'ils ont dû être libérés car ils n'avaient pas été présentés devant le juge avant minuit.
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VOS COMMENTAIRES
  • Lokalman973 - 17.03.2017
    Vous avez dis magie ?
    Mr obiaman pourquoi ne pas avoir préparer un bain afin que vous disparaissez pendant l'audience ou alors un parfum pour envoûter l'avocat général afin que celui ci vous acquitte ? !Etrange ? Ah mais oui la sorcellerie ne fonctionne pas pour soit .Bon courage monsieur obiaman faites ATTENTION AU SAVON A REMIRE quand vous vous pencherez a leur du BAIN !
  • jess - 15.03.2017
    son bain était fait de savon de marseille
  • mica - 15.03.2017
    Un bain
    Oui je cherche une formule magique pour que le Trésor Public oublie mon existence,tu parles Charles cela n'existe que dans les rêves.Dire que certaines personnes consultent ce type de personne tous les mois,avec bain,parfum etc,etc pour avoir de la chance,à l'heure où les fusées décollent à mourir de rire.Il y a quelques années j'ai perdu une cousine qui au lieu de subir une intervention chirurgicale a préféré consulter un charlatan pour enlever l'esprit de son utérus,cette jeune personne est morte dans d'atroces souffrances.Allez au trou et pour longtemps.
  • fran973 - 15.03.2017
    undefined
    Foutez moi ce charlatan qui escroque les plus crédules au trou pour longtemps Svp
  • joko973 - 15.03.2017
    S'il fallait mettre tous les charlatans au trou, il faudrait construire le double de prisons. Encore deux de plus qui sont dehors et échappent à la justice, faute de moyens ou de trop de paperasses.
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