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GRAND-SANTI - « Tu bouges et je te tue! »

France-Guyane 15.02.2017
T. F.

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« Tu bouges et je te tue! »

Astyanax Obame-Nguema, le prêtre de la paroisse, raconte la violente agression dont il a été victime dans la soirée de dimanche au presbytère.

Une semaine avant l'agression d'Astyanax Obame-Nguema, par trois hommes probablement arrivés par le fleuve, l'église de Grand-Santi (en médaillon) a été vandalisée (photo d'archives)
« Si moi je ne retourne pas à Grand-Santi, qui ira ? » Deux jours après la violente agression subie au presbytère de sa paroisse, Astyanax Obame-Nguema affirme déjà une ferme intention de reprendre l'office dans son église. Arrivé à Saint-Laurent hier matin, le prêtre gabonais, installé à Grand-Santi depuis six ans, se remet pourtant d'une expérience des plus traumatisantes. Physiquement et psychologiquement.
Dimanche soir, il se plie à ses exercices sportifs quotidiens. « J'ai installé un espace pour faire du sport derrière la maison, explique-t-il. Quand je fais mes exercices, le soir, seul l'arrière de la maison est éclairé. » Trente minutes après avoir débuté sa séance, vers 22 heures, il entend une voix derrière lui. « En djuka, quelqu'un me dit : Si tu bouges ou tu cries, on te tue! » Il me le répète plusieurs fois et, quand je me retourne, je vois trois hommes. Ils sont encagoulés. Deux portent des bonnets et le troisième un casque. Ils portent tous des treillis de militaires. Ils ont un fusil à canon scié et une machette. »
« Celui qui avait le fusil de chasse a pointé le canon sur ma tête et m'a dit encore de me taire, raconte Astyanax Obame-Nguema. Ils parlaient tous le djuka mais un parlait aussi l'anglais et un autre le français. » Le prêtre reçoit un coup avec le plat de la lame de la machette sur une épaule qui le fait tomber à genou. « Ils m'ont jeté à terre et ont gardé un pied sur moi pendant qu'ils m'attachaient les bras, explique la victime. Ils criaient « money, money » et réclamaient de l'argent. » Le prêtre n'a de cesse de répéter qu'il ne détient pas d'argent, les braqueurs n'en ont cure.
« LA MAIN DE DIEU S'EST RÉVÉLÉE PLUS FORTE »
« Il se fout de nous, il faut le tuer » , lance l'un des malfrats. Quand il tente de raisonner ses agresseurs, Astyanax Obame-Nguema reçoit des coups de pied dans le ventre ou des coups de plat de lame de machette sur le crâne. Ses bourreaux décident alors de le bâillonner et de lui bander les yeux. « Ils m'ont maintenu à terre pendant qu'ils fouillaient partout, poursuit le prêtre. J'ai l'impression que ça a duré une heure. À chaque fois que je faisais un peu de bruit ou que je respirais trop fort, on me tapait sur la tête avec le plat de la machette. »
Les trois braqueurs dérobent les bijoux, les téléphones, les tablettes et les parfums de leur victime. « Je leur ai demandé pourquoi ils ne me tuaient pas au lieu de me donner autant de souffrance, souffle le prêtre. Je ne peux pas me défendre, pourquoi autant de torture ? » Après lui avoir retiré le bandeau noué devant ses yeux, les braqueurs quittent la maison quelques minutes. Le prêtre croit son calvaire terminé mais ils reviennent.
« Ils m'ont demandé d'où je venais, ce que je faisais ici, dit-il. Quand j'ai dit que j'étais prêtre, enfin celui qui s'occupe de la prière des gens, l'un d'eux a dit qu'il ne fallait pas me faire de mal. » Un peu tard... Quand ils finissent par abandonner le presbytère dévasté, les agresseurs ne libèrent pas leur victime de ses liens. « Quand j'ai compris qu'ils étaient loin, je me suis débattu et j'ai réussi à détacher mes mains puis mes pieds. »
Astyanax Obame-Nguema se rend chez des voisins paroissiens qui l'accompagnent à la gendarmerie. « Ils auraient pu me tuer mais la main de Dieu s'est révélée plus forte » , soupire le prêtre. Depuis son agression, il a reçu de nombreuses marques de soutien au sein de la population de Grand-Santi. « Face à un tel mal, la solidarité est importante » , commente Astyanax Obame-Nguema, soulagé et reconnaissant.
Ses agresseurs sont toujours recherchés.
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