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Avec Philippe à Matignon, Macron attaque sa "recomposition politique"

AFP 15.05.2017

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Avec Philippe à Matignon, Macron attaque sa "recomposition politique"

L'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve et le nouveau chef du gouvernement Edouard Philippe à Matignon, à Paris, le 15 mai 2017

-joel SAGET (AFP)

Emmanuel Macron a abattu lundi la première carte de sa "recomposition politique" en nommant un Premier ministre de droite, le député-maire LR du Havre Édouard Philippe, proche d’Alain Juppé, un défi lancé à la droite avant les législatives.

L’Élysée a annoncé la nomination de M. Philippe, 46 ans, lundi peu avant 15H00, au lendemain de la prise de fonctions du nouveau président de la République, qui s'est ensuite rendu à Berlin pour rencontrer la chancelière Angela Merkel.

"Je suis (...) un homme de droite", a revendiqué le nouveau Premier ministre lors de la passation de pouvoirs à Matignon, en rendant en même temps un hommage appuyé à Bernard Cazeneuve, qui a été un "exemple, au-delà des désaccords qu'il nous est arrivé de formuler".

Interviewé sur TF1 lundi soir, M. Philippe a fait valoir que "la situation" du pays impliquait de "tenter quelque chose qui n'a jamais été tenté" avec des hommes et des femmes de droite, du centre et de gauche dans un même gouvernement. Il n'a pas répondu à la question de savoir s'il quittait LR.

Il a réservé son premier déplacement aux policiers de la Préfecture de police de Paris, pour leur dire "qu'on pense tous à eux" face aux risques d'attentats.

La composition du gouvernement, qui devrait également comporter d'autres personnalités de LR et du MoDem de François Bayrou, sera dévoilée mardi en fin d'après-midi, avant le premier Conseil des ministres de mercredi.

Énarque de la promotion Marc Bloch (1997), maître des requêtes au Conseil d’État, maire du Havre depuis 2010 et réélu au premier tour en 2014, Édouard Philippe est un proche de longue date d’Alain Juppé, dont il fut le secrétaire général à la tête de l’UMP (devenue LR) de 2002 à 2004, et l'un des porte-parole pendant la primaire de la droite.

Peu connu du public, il fut également membre du cabinet de M. Juppé lors de son bref passage au ministère de l’Écologie en 2007, avant de devenir directeur des affaires publiques du groupe nucléaire Areva (2007-2010). Il a été élu député de Seine-Maritime en 2012.

- 'Casser la droite' -

Alain Juppé a aussitôt salué sa nomination, jugeant qu'il avait "toutes les qualités" pour le poste, tout en réaffirmant son soutien aux candidats de droite aux législatives.

"Maintenant c'est clair: avec un Premier ministre de droite, le Parlement a besoin de gauche", a réagi Jean-Christophe Cambadélis (PS). En écho, Jean-Luc Mélenchon (LFI) a appelé à l'élection d'une majorité de gauche à l'Assemblée.

La présidente du Front national Marine Le Pen a vu dans la désignation d’Édouard Philippe la confirmation de "l'existence d'un système UMPS que l'on peut rebaptiser LREM".

La nomination d’Édouard Philippe, hypothèse qui circulait depuis la soirée du second tour de la présidentielle, est le premier acte de la "recomposition" politique souhaitée par M. Macron, largement élu (66,1%) face à Marine Le Pen.

Elle est un défi lancé à la droite à moins d'un mois des législatives, fissurant la cohésion du parti entre une aile "modérée" et une aile qui s'est radicalisée à la faveur de la présidentielle.

Dans la foulée de la nomination de M. Philippe, vingt-huit personnalités de droite ont signé un communiqué commun appelant à saisir "la main tendue par le président de la République", parmi lesquels des élus juppéistes (Benoist Apparu, Fabienne Keller...) ou lemairistes (Arnaud Robinet, Delphine Burkli...), rejoints par Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Louis Borloo.

Cette nomination "a du sens, elle casse la droite", s'est félicité un membre du premier cercle du nouveau chef de l'État.

Chef de file LR pour les législatives, François Baroin avait averti début mai que ceux qui se rapprocheraient de M. Macron avant le scrutin des 11 et 18 juin seraient "exclus" du parti. Sur France 2 lundi soir, il s'est montré plus conciliant, se bornant à "regretter" la décision de M. Philippe.

La "recomposition" politique "elle interviendra", mais "après", "sur la base du choix des Français", a-t-il assuré.

Le secrétaire général des Républicains Bernard Accoyer a de son côté affirmé qu'il n'était "pas question" d'exclure M. Philippe, mais souligné qu'il s'était "de lui-même" mis "en dehors" de sa famille.

Le parti d’Emmanuel Macron a dévoilé dans la soirée une nouvelle liste de candidats aux législatives, totalisant désormais 511 noms, dont celui de la numéro 2 du MoDem Marielle de Sarnez.

La REM doit publier le nom des derniers investis d'ici mercredi, parmi lesquels pourraient se trouver plusieurs sortants LR, espère-t-on à En Marche!.

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VOS COMMENTAIRES
  • xxl - 15.05.2017
    HACKER
    Je veux croire que je me suis fait HACKER exactement COMME lorsque j'avais voté contre maastricht
  • Averty - 15.05.2017
    Arnaque
    La droite a été largement battue aux élections, les français ont clairement dit, lors de leurs votes successifs, qu'il ne voulaient plus ni de droite ni de gauche, et la première chose que le nouveau premier ministre annonce, c'est qu'il est de droite!
    J'ai comme le sentiment de m'être fait bien arnaquer... Encore qu'en ce qui me concerne, je n'ai voté pour aucun des deux candidats du second tour... Mais, comme tous ceux qui y ont cru, je me ferai b...er quand même.
  • Féfé973 - 16.05.2017
    La droite n'a pas été "largement" battue, Fillon a certe été éliminé mais a tout de même fait 19 % des voix malgré ses casseroles. Autant dire que sans l'affaire Pénéloppe, il aurait certainement terminé en tête du premier tour et avait de bonnes chances d'être élu au second. Quand au premier ministre, il est de droite après avoir été rocardien donc sa nomination n'est pas spécialement exceptionnelle. On verra ce que donneront les législatives
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