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"Justice pour Théo": le choc et la polémique après les violences à Bobigny

AFP 12.02.2017

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"Justice pour Théo": le choc et la polémique après les violences à Bobigny

Une camionnette calcinée à Argenteuil (Val d'Oise) après des incidents, le 12 février 2017

-Geoffroy VAN DER HASSELT (AFP)

Une polémique a éclaté dimanche autour des violences ayant terni la veille une importante manifestation réclamant à Bobigny "justice pour Théo", des incidents et leur lot de dégâts qui ont créé un choc parmi les habitants.

François Fillon a pointé "la responsabilité du gouvernement" après les violences à Bobigny, survenues au terme d'une semaine marquée par l'histoire de ce jeune Noir victime d'un viol présumé lors d'une interpellation. Semaine qui s'est achevée par des incidents à Argenteuil (Val-d'Oise), où onze personnes ont été interpellées et un journaliste de BFM Paris agressé.

"Pourquoi le ministre de l'Intérieur a-t-il autorisé" la manifestation de Bobigny "alors que les risques de violence étaient évidents ?", s'est interrogé M. Fillon, s'étonnant du "silence" de Bruno Le Roux.

"Toute la vérité" doit être faite sur les circonstances de l'interpellation de Théo le 2 février à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), mais "le gouvernement ne doit pas laisser s'exprimer la violence dont les premières victimes sont toujours les habitants des banlieues", a ajouté l'ex-Premier ministre, ciblant l'exécutif alors que sa campagne est plombée par le "Penelopegate".

Avant lui, la candidate FN Marine Le Pen a jugé que les incidents étaient "la conséquence du laxisme qui diffuse dans la société française, qui est la responsabilité des politiques qui nous ont gouvernés pendant des années".

Pour Jean-Luc Mélenchon, candidat de la "France insoumise", "certains ont l'air de souhaiter des émeutes de banlieue". "Il y a une volonté de je ne sais qui de multiplier les provocations".

Le conseiller régional d'Ile-de-France Julien Dray (PS) a, lui, évoqué "l'instrumentalisation de ces situations (...) sur le terrain, par des groupes qui sont extrêmement radicaux et qui poussent à la confrontation".

Samedi à Bobigny, après un début dans le calme, les quelque 2.000 manifestants venus soutenir Théo, 22 ans, toujours hospitalisé, avaient rapidement été débordés par des "casseurs". Ces derniers ont défoncé des vitrines et incendié quatre voitures, dont un camion technique de RTL.

Des incidents isolés se sont poursuivis jusqu'à minuit, également dans des communes proches, selon une source policière. Bilan: 37 personnes interpellées.

- Lourds dégâts -

Entre bris de verre et gare de bus saccagée, des employés municipaux et quelques volontaires ont entrepris dimanche de gommer les traces des violences à Bobigny.

"Ça m'énerve. Ils disent qu'ils réclament justice mais qui va faire la justice pour ceux qui ont leur voiture brûlée?" s'agaçait Sandy, une habitante. "Ça va chiffrer très très fort", a déploré le maire Stéphane De Paoli (UDI), face aux dégâts.

Au milieu du chaos, samedi à Bobigny, un adolescent a sauvé une petite fille restée, terrorisée, dans une voiture dont le capot prenait feu. Venu manifester, Emmanuel Toula, 16 ans, a découvert une femme affolée qui venait d'extraire son fils "de deux ans maximum" de la voiture, mais une fillette de cinq ou six ans restait "tétanisée" à l'intérieur, a-t-il raconté au Bondy Blog. Il a pris l'enfant dans ses bras avant de la confier à un gendarme.

La préfecture de police (PP) a salué "le courage" du jeune homme, tentant ainsi d'éteindre une polémique sur les réseaux sociaux, où certains s'indignaient que la police s'attribue la gloire de ce sauvetage.

La PP avait dans un premier temps affirmé que des policiers avaient "dû intervenir pour porter secours à une jeune enfant se trouvant dans un véhicule en feu". Les forces de l'ordre ont simplement "aidé à chercher ses parents juste après qu'elle a été sauvée", a précisé à l'AFP une source policière.

Les manifestations pour Théo se poursuivent en tout cas à travers la France. Dimanche, quelque 150 personnes, surtout des jeunes, ont défilé à Bordeaux.

À la suite de l'interpellation du jeune homme, un policier a été mis en examen pour viol, trois autres pour violences.

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