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Corruption: le président brésilien s'accroche au pouvoir

AFP 18.05.2017

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Corruption: le président brésilien s'accroche au pouvoir

Le président conservateur Michel Temer (G) et Eduardo Cunha, ex-président de la chambre des députés, actuellement en prison, sont pris en photo ensemble le 10 mars 2015 à Brasilia

-Fabio Rodrigues Pozzebom (AGENCIA BRASIL/AFP/Archives)

"Je ne démissionnerai pas", a martelé jeudi le président brésilien Michel Temer, malgré les graves accusations de corruption qui ont provoqué une chute brutale des marchés et semé l'incertitude quant à l'avenir politique du pays.

Selon le journal O Globo, le chef de l'Etat a été enregistré par un chef d'entreprise en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin afin d'acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des députés aujourd'hui en prison pour son implication dans le méga-scandale de corruption Petrobras.

Ces révélations qui ont poussé la Cour suprême (STF) à donner son feu vert à l'ouverture d'une enquête contre le président.

"Je n'ai jamais autorisé le moindre paiement pour acheter le silence de quiconque", s'est défendu M. Temer lors d'une allocution télévisée.

"L'enquête mandatée par la Cour suprême permettra de fournir toutes les explications pour prouver que je ne suis pas impliqué", a-t-il insisté.

Mais sa base parlementaire semblait divisée et trois ministres seraient sur le point de démissionner, selon les médias locaux.

Dès la publication des révélations du journal, mercredi soir, plusieurs partis d'opposition ont demandé la démission du président conservateur et des dizaines de manifestants défilaient dans la rue aux cris de "Temer dehors".

D'autres manifestations étaient prévues jeudi dans l'après-midi dans la plupart des grandes villes brésiliennes.

- Réformes menacées -

Les marchés ont très mal réagi dans la matinée: la Bourse a été suspendue après une chute de plus de 10% du principal indice brésilien et de quasiment 6% du réal. À la réouverture, environ une demi-heure plus tard, la Bourse cédait 8,7%, dans ce pays frappé par une récession historique.

Ce nouveau scandale risque de freiner considérablement les efforts du gouvernement pour relancer l'économie, par le biais de mesures d'austérité impopulaires, comme la réforme des retraites, en cours d'analyse au Parlement. "Tous ces efforts peuvent s'avérer inutiles", a admis M. Temer.

Avant cette allocution présidentielle très attendue, les réunions à portes closes s'étaient multiplié jeudi au Congrès, avec de fortes rumeurs de divisions au sein de la base parlementaire du gouvernement.

"La démission est le chemin le plus facile pour résoudre ce problème, mais la décision revient exclusivement au président de la République", a déclaré à des journalistes Ana Amélia, sénatrice du PP (centre-droit) qui se définit comme "indépendante" même si sa formation fait partie de cette base parlementaire.

O Globo révèle que M. Temer avait rencontré le 7 mars Joesley Batista, un des propriétaires du groupe J&F, qui contrôle notamment le géant de la viande JBS.

M. Batista s'est enregistré secrètement alors qu'il expliquait au chef de l'Etat qu'il versait des sommes d'argent à Eduardo Cunha pour acheter son silence.

"Tu dois maintenir ça (les pots-de-vin)", a alors répondu le président Temer.

L'onde de choc a aussi atteint un allié politique clé de M. Temer, l'influent sénateur Aécio Neves, président du PSDB (droite), principale formation associée au parti PMDB du chef de l'Etat, et candidat malheureux de la dernière présidentielle.

- Frank Underwood brésilien -

O Globo révèle que Joesley Batista a aussi remis aux autorités un autre enregistrement compromettant, dans lequel M. Neves aurait demandé 2 millions de réais (environ 570.000 euros) de pots-de-vin.

Les perquisitions de jeudi matin ont ciblé plusieurs propriétés du sénateur, dont le mandat a été suspendu par la Cour Suprême. Selon les médias brésiliens, le procureur général a demandé son arrestation et sa sœur a déjà été interpellée à Belo Horizonte.

En 2014, M. Neves avait perdu de justesse au second tour face à Dilma Rousseff, réélue avant d'être destituée en août 2016 pour maquillage des comptes publics.

Dauphine de l'icône de la gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), lui-même visé par cinq procédures judiciaires dans le cadre du scandale Petrobras, Mme Rousseff a été remplacée, jusqu'à la fin du mandat fin 2018, par Michel Temer, qui était son vice-président et s'est depuis lancé dans une série de réformes d'austérité.

Les militants de gauche l'accusent d'avoir orchestré un "coup d'État", notamment avec Eduardo Cunha, pour prendre le pouvoir. C'est justement l'ancien chef des députés, parfois comparé à Frank Underwood, héros manipulateur de la série américaine "House of Cards", qui risque de précipiter indirectement sa chute.

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