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Melvin Rullière frappe un grand coup

France-Guyane 25.08.2017
Renaud CANUT

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Melvin Rullière frappe un grand coup

Hier matin, le peloton du Tour de Guyane 2017 a amorcé sa descente vers la capitale. Une étape classique de 143 km, entre Saint-Laurent du Maroni et Sinnamary. Les principales difficultés ont été les bosses de Saut Sabbat et les vents contraires. Comme souvent à Sinnamary, le dénouement de cette 6e étape, s'est effectué au sprint. Une arrivée massive du peloton, au terme d'une course remportée par Melvin Rullière (Nord), le maillot jaune. Trop fort!

Ceux qui ont eu un doute sur la capacité de Melvin Rullière, et celle de son équipe, à (re)prendre, la veille, la responsabilité de porter sur ses (frêles) épaules la tunique or, ont sûrement reçu un petit coup au menton au passage du coleader sur la ligne d'arrivée de l'avenue Èlie-Castor, à Sinnamary.
Solide individuellement, le leader du général a confirmé qu'il est un coureur complet. Rouleur, grimpeur et sprinteur. De plus, il est clair qu'il possède une équipe tout aussi solide. En contrôlant cette 6e étape, les Aubervillois, aidés par la formation martiniquaise et celle de Torigny, des alliés de circonstance, ont prouvé qu'ils possèdent les moyens de remporter cette 28e édition du Tour de Guyane. S'il y a eu plusieurs tentatives d'échappées, ils se sont assuré que les déserteurs restent à portée de leurs coups de pédales vigoureux. Dès lors, la plus significative d'entre elles n'a eu qu'un écart maximum de 1'30 secondes. Le groupe était pourtant conséquent (13 coureurs), composé de quasiment toute l'équipe de la Guadeloupe. Seul Boris Carène manquait à appel. Alors, quand bien même, Hervé Arcade et Jean-Christophe ont tiré en sens inverse, les rouleurs que sont Luis Sablon, Kéran Barolin ou encore Patrice Ringuet, Ludovic Dantin, Luis-Alfredo Medina Puello, n'ont-ils pas eu les moyens de faire prendre cette mayonnaise ? Visiblement non. Dominatrice, l'Entente mixte, Ile-de-France-Normandie-Aubervilliers, a montré à ses adversaires kouman ravet ka penyin asou Saut Sabbat.
LA MARTINIQUE EN EMBUSCADE
Il ne reste que trois jours de course. Alors, doit-on considérer que le Tour est joué ? Quelle équipe pour inverser la tendance de ce qui se profile à l'horizon du centre-ville de Cayenne ?
La sélection de la Guyane ? Les prestations qu'elle a fournies jusque-là suscitent de sérieux doutes sur ses capacités à réaliser cela. S'il y a un Ringuet qui tente quelque chose, qui fait la course à l'avant, ce n'est pour l'instant pas le bon. C'est Patrice. Pas Teddy. Au point qu'on se demande si notre sélection ne devrait pas se concentrer désormais que sur des victoires d'étapes. En sachant qu'il ne reste que trois possibilités. La sélection de la Guadeloupe ? Annoncée comme une grosse équipe - pour l'heure elle compte trois victoires d'étapes à son actif - elle a aussi montré qu'elle n'est pas aussi dominatrice qu'en 2015. Et même poussée dans ses derniers retranchements, elle a une proportion à se fissurer trop facilement. Certes il reste à Boris Carène un contre-la-montre, pour se refaire une santé, mais l'écart entre lui et Rullière risque d'être insuffisant pour être décisif. La sélection guadeloupéenne n'a-t-elle pas, en réalité, laissé passer sa chance ? N'est-ce pas la vraie question ?
Alors suivez mon regard! Il ne reste que la Martinique, non ? Le coup ne pourrait-il pas venir que de là ? En tout cas, avec un Mickael Laurent à 48 secondes, il est clair que la formation dirigée par Francis Delpha a les moyens de doubler l'équipe du maillot jaune sur la droite. Les Arcade, Laurent, Florimond, Ragot, Demazy et Denara vont continuer leur travail de sape sur un peloton ki ka dégrennen grenn pa grenn. L'équipe d'Aubervilliers doit intégrer, si ce n'est pas encore fait, que la Martinique, alliée d'un jour, deviendra une menace le lendemain. Encore plus si Claude Carlier, le directeur technique de l'ES Torigny Cyclisme, fait payer à Melvin Rullière, et à son équipe, la gourmandise du maillot jaune sur la ligne d'arrivée de Sinnamary. Vexé, le technicien normand n'a, semble-t-il pas apprécié que lors du sprint final, Rullière n'ait pas un peu levé le pied, histoire de permettre à son coureur, Alexis Carlin, de remporter l'étape. Hier, sa formation s'était alliée à celle du maillot jaune pour l'aider à contenir les assauts de ses adversaires. Il promet que cela ne se fera plus.
La cassure qui fait mal
Deux coureurs du top 10 ont fait une mauvaise opération, hier. Une cassure s'est produite dans le peloton, peu avant l'arrivée. Sur la ligne, Loïc John (ECG1) et Patrice Ringuet (Guyane) ont été enregistrés avec 20 secondes de retard sur le vainqueur Melvin Rullière. Le premier recule de la 5e à la 6e place ; le second, de la 9e à la 11e. Au total, trente coureurs ont été distancés dans les derniers kilomètres (retrouver les classements complets en page 17).
Un équipier d'Eddy Merckx sur le Tour
Ancien coureur professionnel, le Belge Herman Beysens est directeur technique de l'équipe de Grande-Bretagne, sur ce Tour.
 
Herman Beysens, hier au départ de Mana (Bernard Bosc)
Il faut l'entendre répéter combien l'organisation est forrrrrrmidable, en roulant les r comme seuls savent le faire les Belges. Mais ce n'est pour son accent qu'Herman Beysens est une des attractions de ce 28e Tour de Guyane. Le directeur technique de l'équipe de Grande-Bretagne a été, dans les années 1970, le coéquipier d'Eddy Merckx, quintuple vainqueur du Tour de France. Onze années professionnelles, sept Tours de France (23e pour sa première Grande Boucle en 1972), cinq Tours d'Espagne, au côté également de Freddy Maertens. En 1977, il participe à la victoire de Michel Pollentier, au Tour d'Italie. « J'étais le domestique de l'équipe. Celui chargé d'emmener les sprints et d'assurer le tempo en montagne. »
À la retraite, il se reconvertit comme directeur sportif en Belgique. Il emmène ses coureurs dans les épreuves les plus exotiques, souvent d'un bon niveau : Tour du Burkina Faso, dont son équipe a remporté plusieurs étapes, de Côte d'Ivoire, du Rwanda. Il n'avait pas prévu de venir en Guyane. Mais, trois semaines avant le Tour, Patrick Schils, dont l'équipe Velo Schils est invitée sur l'épreuve, tombe malade. « Il m'a appelé et m'a demandé de le remplacer. Comme il n'avait pas de masseur, ma femme est venue aussi. »
Il y a une semaine, il pose ses valises pour la première fois en Guyane. « Je n'imaginais pas que ce soit aussi plat, commente-t-il. Notre leader aurait été sur son terrain. » Son meilleur coureur, Kenneth Renwick, est 21e à 5'54 de Melvin Rullière. Herman Beysens conservera d'autres images : « C'est formidable (on vous l'avait dit). Très bien organisé. On a été bien accueilli. Les hôtels sont formidables (il insiste). Mis à part au Tour du Rwanda, c'est mieux organisé qu'ailleurs. » Si jamais un jour Eddy Merckx lui demande conseil pour des vacances, sûr que son ancien équipier lui glissera que « c'est très joli ici. »
Pierre-Yves CARLIER
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