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La Grande Guerre dans tous ses états...

France-Guyane 03.11.2018

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La Grande Guerre dans tous ses états...

Le compte à rebours est lancé pour la commémoration du centenaire de la signature de l'armistice du 11 novembre 1918, qui signifia la fin de la meurtrière Première Guerre mondiale. Pour se repérer durant ces quatre années de la Grande Guerre, une première salve d'émissions, de documentaires et de fictions à regarder sur plusieurs chaînes.

Canal+ cinéma : cinq soirées
Même si le calendrier de diffusion d'Au revoir là-haut (photo ci-dessus) a été lancé depuis plus d'une semaine, le sixième long-métrage d'Albert Dupontel reste la tête d'affiche de ces cinq soirées. Adaptation du pavé de Pierre Lemaître (prix Goncourt 2013), qui relate une escroquerie aux monuments aux morts orchestrée par deux anciens combattants, couronné de cinq César 2018 (meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleurs décors, meilleurs costumes, meilleure photographie) Au revoir là-haut a suscité des réactions très opposées : alors que Lesinrocks.com considèrent qu'Albert Dupontel « tient enfin son grand film » , Liberation.fr, lui, estime ces « ex-poilus un peu barbants » .
Programmée le jeudi 8 novembre à 21h05, la réalisation d'Albert Dupontel est couplée à un quasi-classique de Bertrand Tavernier, Capitaine Conan (1996), incarné par Philippe Torreton, porte-parole d'un film s'affichant ouvertement « antimilitariste » . À voir ou revoir à 22h55. Pour autant, la semaine de commémoration de Canal +cinéma démarre avec Les Gardiennes (photo ci-dessous) de Xavier Beauvois (lundi, 21h). En course pour quatre César 2018, le long-métrage de Beauvois (auteur de Des Hommes et des dieux) revient sur une thématique qui affleure de temps à autre quand sont débattus des bouleversements entraînés par ce conflit militaire : celle de la place prise par les femmes, forces de substitution aux hommes partis à la guerre.
DEUX REGARDS
Dix ans déjà que le Canadien Paul Gross a choisi la voie du sentiment amoureux pour illustrer La Bataille de Passchendale - au demeurant titre du film - en Belgique, entre juillet et novembre 1917, comme toujours à l'issue indécise, malgré les pertes énormes tant du côté allemand que des forces alliées (mardi, 21h05). En seconde partie de soirée, à 22h50, Flyboys de Tony Bill (2006), ou l'épopée de jeunes aviateurs états-uniens composant l'escadrille Lafayette, qui s'engagèrent auprès des troupes françaises avant l'arrivée sur le front européen des soldats de l'armée des États-Unis.
L'enfer des tranchées est retracée dans Men of Honor du Britannique Saul Dibb, adaptateur en 2017 d'une pièce de théâtre de Robert Cedric Sherriff. Men of Honor est à suivre mercredi à 21h05, juste avant la rediffusion de La Bataille de Passchendale. La semaine s'achève, vendredi à 21h, avec le film La Dernière Tranchée, un autre regard britannique sur l'insupportable et épuisante guerre des tranchées. Coréalisée par Johan Earl et Adrian Powers, l'intrigue est située en 1916, alors que celle du long-métrage de Saul Dibb décrit les états d'âme de jeunes militaires en 1918, soit quelques mois avant la proclamation de l'armistice. Cette cinquième et dernière soirée programme Men of Honor à 22h35.
France 3 : des documentaires avant tout
En contrepoint aux fictions, France 3 programme, pour l'instant, exclusivement des documentaires. Une soirée complète est prévue le mercredi 7 à 22h, avec en ouverture La Guerre de tous les Français : un zoom avant sur l'arrière du front. Comprenez l'organisation d'un pays tout entier, de toutes ses forces vives pour affronter quatre ans d'un conflit armé extrême. Co-réalisé par par Didier Sapaut et Cédric Gruat, le documentaire Les Oubliés de la victoire exhume l'héroïsme de l'armée d'Orient, qui contribua à la défaite allemande dans les Balkans, et resta mobilisé jusqu'en 1923. Il y avait donc les « réparateurs » des corps déchiquetés par les armes, tel le Martiniquais Hippolyte Morestin. Il y eut aussi les « réparateurs » des âmes détruites par la cruauté et l'horreur des combats. Oui, la guerre rend fou, en particulier la Grande guerre.
Copiloté par Jean-Yves Le Naour et Grégory Laville, ce documentaire démontre l'impuissance de praticiens qui ne croient qu'à la « douleur physique » (les décharges électriques) pour venir à bout d'une pathologie qui leur échappait : la souffrance psychique. À voir jeudi à 23h35.
Arte : l'incontournable Chambre des officiers
Un beau titre pour côtoyer l'insupportable. Au commencement, existe un roman de Marc Dugain, puis arriva l'adaptation de François Dupeyron. En s'appuyant sur le duo Eric Caravaca et Denis Podalydès, en prenant pour fil conducteur la longue, éprouvante et délicate « réparation » d'une « gueule cassée » - terme désignant les militaires défigurés lors des combats - François Dupeyron, en 2001, rénova l'approche cinématographique française de la Première Guerre mondiale, et dut encaisser des coups. Il ne pouvait échapper à l'examen comparatif avec Johnny s'en va-t-en guerre, l'unique film de Dalton Trumbo, en tant que réalisateur, qui lui valut le Grand prix spécial du jury à Cannes 1971.
Des as de l'aviation allemande durant la Première Guerre mondiale, nous ne connaissions qu'un surnom, le Baron rouge, pour l'état-civil Manfred von Richthofen, abattu dans le ciel de France à 25 ans, facteur favorable à l'érection d'un discours légendaire qui a souvent supplanté la vérité historique. En 1966, John Guillermin, en s'emparant du roman de Jack D. Hunter, avait déjà décrit dans Le Crépuscule des aigles, une réalité moins reluisante du fonctionnement de la future Luftwaffe : un roturier, Bruno Stachel, se met en tête de faire sa place au soleil au sein du sérail des aviateurs, chasse gardée des fils de l'aristocratie. Ces deux films sont programmés le lundi 5 à partir de 21h55.
Paris première : la vie quotidienne en temps de guerre
Dix ans après la sortie de 14-18 : le bruit et la fureur de Jean-François Delassus, la performance technologique réussie par le laboratoire belge Digital graphic, qui a permis de coloriser et sonoriser une soixantaine de minutes d'images d'archives, suscite toujours l'unanimité, voire l'admiration.
En revanche, la thèse qui soustend ce documentaire, à savoir celle de l'historienne Annette Becker (en collaboration avec Stéphane Audoin-Rouzeau, elle a publié en 2000 aux éditions Gallimard, 14-18, retrouver la guerre), qui conteste la « victimisation des soldats » , a déclenché une bataille d'idées qui n'a toujours pas trouvé son épilogue. Et se poursuivra après la diffusion du documentaire, jeudi à 23h50.
Planète : la nuit des tranchées
Au début du mois d'août, sûr de ses certitudes, chaque camp était convaincu de mettre à genoux son ennemi, de lui régler son compte en un tour de main. Dans l'enthousiasme général, à quelques rares exceptions, les citoyens y avaient cru. Mais dès novembre, la guerre commença à s'enliser. De guerre éclair, il n'était plus question que de guerre de position, d'une stabilisation du front comme disent les état-majors, de soldats « enterrés » dans des tranchées, en attendant l'ordre de prendre part aux offensives meurtrières ou de recevoir les déluges de feu de l'adversaire.
Le 1er décembre 1915, le journal La Paix, paraissant à Fort-de-France, publia ce récit d'un soldat martiniquais au contact de tranchées allemandes : « Ces tranchées étaient littéralement comblées de cadavres, écrasées par nos 75, défoncées par notre artillerie lourde. Puis nous avançons [...], c'est une vision d'épouvante : encore des cadavres d'hommes et de chevaux [...] »
Conçu en deux parties, le documentaire La Grande Guerre, les tunnels de la mort confronta, en 2012, des archéologues à des tranchées, souvent cimetières de soldats allemands et britanniques. Remontons le temps. Jeudi à 21h55.
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