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GUADELOUPE - La plongée peut-elle soulager les victimes des attentats ?

France-Guyane 14.11.2017
Valérie DURU

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La plongée peut-elle soulager les victimes des attentats ?
L'essai clinique aura pour but d'évaluer les bienfaits de la plongée sur le stress post-traumatique des victimes des attentats de novembre 2015 (DR)

Le 13 novembre 2015, des attentats perpétrés à Paris et à Saint-Denis ont causé la mort de 130 personnes et fait 683 blessés. Des victimes de ces attaques terroristes participeront à une étude clinique, du 18 au 30 novembre, avec un club de plongée de Bouillante. Objectif : déterminer si la plongée peut les aider à aller mieux.

La plongée peut-elle améliorer le bien-être et la qualité de vie des victimes des attentats souffrant de troubles de stress post-traumatique (TSPT) ? C'est la question à laquelle doit répondre l'étude clinique « DivHope » , qui se déroulera du 18 au 30 novembre en Guadeloupe.
Trente-cinq rescapés des attentats du 13 novembre 2015, à Paris, y participeront. La plupart se trouvaient au Bataclan, au moment de l'attaque terroriste. D'autres étaient attablés à des terrasses de cafés et de restaurants. Certains ont été blessés et tous sont atteints de TSPT.
APRÈS UN BURN-OUT
Ce soir-là, ils ont côtoyé la mort et sans doute se sont-ils vus mourir. Après le drame, ils ont développé des symptômes. « Insomnie, dépression, reviviscence (images qui reviennent), troubles cardiaques et hypervigilance. Ils sortent moins, évitent certains endroits » , explique Vincent Meurice, gérant du club de plongée Atlantis, à Bouillante, mais également sophrologue et préparateur mental de sportifs de haut niveau. C'est l'un des porteurs du projet « DivHope » . Il y travaille depuis plus d'un an avec Frédéric Bénéton, qui est à l'origine de l'essai clinique.
Cet ancien élève de polytechnique était cadre dans la finance. En 2013-2014, il a fait un burn-out. La plongée l'a aidé à reprendre le dessus et il a décidé d'étudier la question scientifiquement, dans le cadre d'un Master 2 de physiologie à l'université d'Aix-Marseille.
« Cette étude, intitulée « DivStress » , a prouvé que la plongée avait des effets bénéfiques sur les personnes sujettes au stress dans le cadre professionnel » , explique Vincent Meurice. Frédéric Bénéton s'est alors demandé s'il n'en serait pas de même pour les personnes souffrant de TSPT.
« L'armée était intéressée par cette approche pour ses soldats de retour de zone de guerre, pour les aider à récupérer plus rapidement. » Frédéric Bénéton était en contact avec Marion Trousselard, médecin et chercheur en neurophysiologie du stress à l'Institut de recherche biomédicale des armées (Irba).
D'après Vincent Meurice, c'est elle qui a eu l'idée de prendre attache avec « Life For Paris » , une association qui s'est constituée après les attentats du 13 novembre et rassemble un certain nombre de rescapés. Une cinquantaine d'entre eux se sont portés volontaires pour participer à l'étude « DivHope » . Trente-six ont été retenus après une batterie de tests, un s'est désisté depuis.
L'essai clinique « DivHope » est en grande partie financé par la Fondation d'aide aux victimes du terrorisme (FAVT) et la société Beuchat a fourni l'intégralité du matériel subaquatique.
Valérie DURU, France-Antilles Guadeloupe
Un cadre scientifique
Quatre médecins encadrent cette étude clinique :
- le Dr Mathieu Coulange, chef du service hyperbare de l'hôpital Sainte-Marguerite à Marseille et vice-président de la Société de médecine et de physiologie subaquatiques et hyperbares. Il avait déjà accompagné Frédéric Bénéton lors de son premier essai clinique, « DivStress » , et il est en relation avec le Dr Wind, responsable du caisson hyperbare au CHU de Pointe-à-Pitre.
- le médecin en chef Marion Trousselard, chercheur en neurophysiologie du stress à l'Institut de recherche biomédicale des armées (Irba).
- le Dr Lionel Gilbert, psychiatre à l'hôpital Paul-Brousse, à Villejuif.
- le Dr Loraine Delsol, médecin généraliste et de plongée à Bouillante.
De nouvelles techniques antistress
Vincent Meurice, qui coordonnera la plongée, insiste sur le côté novateur de l'essai clinique « DivHope » . D'abord parce qu'il est le premier dans son genre et aussi parce qu'il fait appel à de nouvelles techniques antistress. Celles-ci « mêlent plongée classique, sophrologie, respiration, méditation et préparation mentale sportive » . « L'objectif, explique Vincent Meurice, est de créer sous l'eau une meilleure conscience du schéma corporel » et au bout du compte « d'avoir une meilleure perception de soi et aussi plus confiance en soi » .
Deux groupes distincts
Les 35 participants à l'essai clinique « DivHope » seront divisés en deux groupes. « Un groupe test et un groupe témoin » , précise Vincent Meurice.
Le premier fera de la plongée chaque matin et travaillera en salle, l'après-midi, la préparation psychologique. Le second se verra proposer des activités sportives (canyoning, randonnées...).
« Nous n'avons pas la prétention de soigner les personnes atteintes de TSPT, mais nous espérons démontrer que les nouvelles techniques de plongée peuvent améliorer leur qualité de vie. »
Les sujets de l'étude seront suivis médicalement plusieurs mois après leur retour dans l'Hexagone (qualité du sommeil, rythme cardiaque...). Si les résultats sont concluants, l'étude pourra s'étendre à d'autres publics soumis à des situations de stress extrêmes (pompiers, militaires et humanitaires qui reviennent de zones sinistrées ou de guerre).
Le 13 novembre 2015, Daech frappe Paris
Le soir du 13 novembre 2015, Paris a été frappée par des attentats meurtriers revendiqués par l'organisation terroriste État islamique (Daech). Des fusillades et des attaques-suicide perpétrées par trois commandos distincts.
Une première attaque a eu lieu près du Stade de France, à Saint-Denis, où se jouait un match de football amical France-Allemagne. Trois terroristes se sont fait exploser à l'extérieur du stade, où ils n'ont pas pu entrer. Bilan : un mort et une dizaine de blessés graves.
Plus tard, dans les Xe et XIe arrondissements, trois individus mitraillent des terrasses de cafés et de restaurants. L'un d'eux se fait exploser, les deux autres prennent la fuite. Là, 39 personnes sont mortes et 34 ont été grièvement blessées.
Mais l'attaque la plus longue et la plus meurtrière a lieu au théâtre du Bataclan où quelque 1 500 personnes assistaient au concert du groupe de rock Eagles of Death Metal. Trois terroristes ont tiré dans la foule, tuant 90 personnes et faisant des dizaines de blessés graves.
Les attentats du 13 novembre 2015 sont les pires perpétrés sur le sol français depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils ont coûté la vie à 130 personnes et ont fait près de 700 blessés.
Hier, un hommage a été rendu aux victimes par le président de la République, Emmanuel Macron. Le chef de l'État s'est rendu sur chaque lieu touché par des attaques où il a respecté une minute de silence.
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