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Recensement, comment ça marche ?

France-Guyane 07.02.2018
Guillaume REUGE

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Recensement, comment ça marche ?
Les agents recenseurs et les coordinateurs arpentent pendant cinq semaines le terrain et il est souvent plus facile d'obtenir l'adhésion de la population dans les quartiers défavorisés que dans les zones dortoirs (GR)

Jusqu'au 24 février, une partie des quartiers de Cayenne est recensée. Une opération au contact de la population qui nourrit des fantasmes. Pourtant, les résultats obtenus doivent permettre d'améliorer le quotidien des habitants.

Du terrain, encore du terrain. Pendant cinq semaines, du 18 janvier au 24 février, une quinzaine d'agents recenseurs font du porte-à-porte à Cayenne pour collecter des informations sur les habitants de la ville capitale. Organisé par la mairie et l'Institut national de statistiques et des études économiques (Insee), le recensement se fait tous les ans dans les communes de plus de 10 000 habitants, comme Cayenne. Pas dans toute la ville. Des îlots d'habitation et des rangs d'adresse sont sélectionnés chaque année. Au terme d'un cycle de cinq ans, tous les quartiers de la ville seront visités. Cette comptabilisation de la population n'est pas non plus exhaustive, tous les habitants ne rencontrent pas les agents recenseurs. Seule une partie d'entre eux, 8% par îlot, est tirée au sort pour participer à l'opération. Une méthode critiquable par son manque de précision, ce qui expliquerait la différence entre les chiffres de l'Insee et la réalité du terrain guyanais. Ce choix de la non-exhaustivité ne permet pas d'être en phase avec les constructions rapides comme celles des squats, pourtant nombreux.
(GR)
CONNAÎTRE LA POPULATION
C'est bien là l'objectif du recensement. Collecter des informations de base sur la population pour ensuite adapter les politiques publiques. Combien de personnes vivent dans un logement ? Quels sont leur âge, leur niveau d'étude, leur nationalité ? Est-ce que les enfants vont à l'école ? Des questions sont posées sur le bâti également. La superficie, si les habitants sont locataires ou propriétaires, s'ils possèdent un véhicule... Les questions de base donnent parfois lieu à des réponses surprenantes, comme hier matin dans le quartier Petit Brutus de Mango où Yasmina Auster frappe à la porte d'un foyer : « Avez-vous accès à l'eau ? » , la réponse du père de famille est négative, il explique qu'il en achète à son voisin. « Payez-vous un loyer ? » , lui demande la recenseuse. « Oui » ... La bonne foi des personnes recensées prévaut. Les agents n'ont ni les moyens ni le droit de vérifier si les informations qu'on leur donne sont vraies puisque le système de réponse est « déclaratif » . Mais lorsque Yasmina Auster et ses collègues racontent leurs expériences du terrain, des souvenirs marquants refont surface. « Découvrir les conditions de vie de certaines personnes est dur à vivre » , explique la jeune femme qui a même recensé « des sans-abri » . « Ce qui m'impressionne moi, c'est le multiculturalisme de Cayenne » , renchérit sa coordinatrice Murielle Allen, sur le terrain depuis quatre ans. Les agents recenseurs sont d'ailleurs sélectionnés pour leurs qualités linguistiques. À force, ils deviennent de fins connaisseurs de la ville. Aucun quartier n'est laissé de côté, pauvre comme aisé. « Généralement nous sommes bien accueillis, et contrairement aux idées reçues, le recensement est plus facile à faire dans les quartiers précaires que dans les lotissements sécurisés » , précise Yasmina Auster. Une visite de reconnaissance et un courrier est adressé au préalable aux personnes concernées pour préparer le terrain. L'adhésion se joue ensuite aux qualités relationnelles des agents qui rassurent et expliquent qu'ils ne sont pas là pour « fliquer » ou pour exiger des impôts. « Au contraire, nous sommes une oreille attentive et nous n'hésitons pas à orienter vers des services. Pour des personnes sans papiers, le recensement est un premier pas pour se faire reconnaître. Nous avons un rôle social » , explique Yasmina Auster.
PERSÉVÉRANCE
Des sourires, il en faut, mais également de la ténacité. Les agents recenseurs ont des objectifs à tenir chaque semaine car toutes les personnes choisies par le recensement doivent être entendues. « C'est la quatrième fois que nous venons chez cette personne » , souligne le coordinateur Christian Marigard, en désignant une bâtisse du lotissement Jean-Baptiste Edouard, en bordure de la route de Montabo. Il faudra repasser une cinquième fois. Mais tout est mis en place pour que le recensement soit réussi : avis de passage, relance, permanence dans les locaux des services techniques de la mairie et même possibilité de faire le recensement soi-même sur internet après s'être vu remettre un code par un agent. « C'est vraiment leur mission de joindre les personnes » , insiste Murielle Allen. « Mon rôle de coordinatrice est d'écrire un bilan annuel à la mairie. J'essaie d'alerter les élus sur la réalité du terrain. Les gens démunis, les marchands de sommeil me révoltent. »
Un point de méthode
Le recensement s'effectue tous les ans dans les villes de plus de 10 000 habitants, de manière non-exhaustive, sur la base d'un échantillonnage de la population. Pour les villes de moins de 10 000 habitants, chaque logement est recensé et la collecte se fait tous les cinq ans. Cette année, les communes de Sinnamary et Saint-Élie sont concernées.
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