LOISIRS - MUSIQUE

VENDREDI CULTURE - « À nous de monter une industrie de la musique urbaine »

France-Guyane 14.09.2018
Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH

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« À nous de monter une industrie de la musique urbaine »
De gauche à droite, DJ LG, F-Side et DJ Pixou. Suivez l'actualité d'AZ Sound sur Facebook, Instagram, Soundcloud, Youtube. (PR)

Le collectif AZ Sound regroupe une dizaine de membres actifs dans la musique urbaine. Ils répondent à nos questions sur l'évolution du genre.

Présentez-nous votre collectif AZ Sound
DJ LG (1) : AZ Sound est une association créée en 2010 par des jeunes originaires de Mana : DJ Maf, Toxine, Stomy et Melvin. C'est une association de production musicale, dont le concept est de produire de la musique de A à Z, d'où son nom. De la composition jusqu'au mastering, en passant par l'enregistrement de l'artiste, la communication, les DJ's etc. Notre but est d'être global. Depuis la création, plusieurs membres ont rejoint l'effectif : moi-même DJ LG, après avoir été président du Sas Prod ; le beat-maker F-Side ; DJ Wall-Ice ; DJ PHK ; DJ Pixou ; KJP et les chanteuses Bijou et Gold'N'B... Un véritable mercato!
C'est assez rare de voir un tel crew dans la musique urbaine guyanaise. Quel est votre objectif ?
DJ LG : Notre but est devenir un vrai label. Une association est à but non lucratif. Une fois que l'on se sera constitué en label, on pourra assurer la distribution officielle, déclarée et payante de nos productions.
Quelles compositions d'AZ Sound le public connaît-il déjà ?
DJ LG et F-Side : Il y en a beaucoup! Can't live without you de Kalash, sur son album Kaos ; Coup d'Etat de Chani Man ; Oh skant de Jahsik ; Pum pum zonede Killer ; le B-Vybz riddim avec DJ Bryan ; Mamacita de Saïk ; Komprann sé jé de Were Vana et Methi's ; F*** with dem de Kevni, Ken Vybz et J-Max ; Pa kriyé de Mathieu White... On essaie de viser plus haut avec des projets en collaboration avec des Jamaïquains et des rappeurs français.
L'idée est-elle d'exercer une passion ou de vivre de la musique ?
F-Side : C'est 50/50. Certains d'entre-nous sont juste des passionnés et d'autres veulent en faire leur métier. Moi, je suis dans une école d'ingé son à Toulouse : l'Institut des médias avancés et je prépare une licence technicien du son. Mon objectif est clairement d'en vivre. Certains en vivent déjà d'ailleurs, comme DJ Wall-Ice.
Comment jugez-vous l'évolution de la musique urbaine guyanaise ?
DJ LG : Moi c'est un constat papy que je vais donner (rires)! Je suis de la génération Dasinga, Rhamsin, Mighty Ki La, Staun, Ruud Daddy, Fléot... Aujourd'hui ça a changé, surtout au niveau des textes. Je déplore la violence que la musique peut entraîner. Certains jeunes prennent au mot les paroles des artistes. Alors que les chanteurs jouent un rôle et ne racontent pas forcément leur vécu. En tout cas, notre musique prend de l'ampleur et s'exporte aux Antilles et dans l'Hexagone. Les sons guyanais sont joués partout. Il y a encore cinq ans de ça, ce n'était pas le cas.
F-Side : C'est vrai qu'il n'y a plus un seul DJ antillais qui ne joue pas de dancehall guyanais. Les Antillais nous sollicitent beaucoup plus qu'avant. Il y a une évolution des mentalités.
DJ Pixou : Le dancehall ne changera pas. Les jeunes qui comprennent mal les paroles manquent de repères. On peut très bien vivre le dancehall sans violence. En Jamaïque, les sound systems sont justement des lieux où il n'y a pas de violence. C'est l'inverse de chez nous. C'est un manque de culture. Les artistes guyanais ont crée une marque de fabrique. Un style authentique qui nous est propre.
Jahyanai King est-il l'exemple à suivre ?
F-Side : Oui, ce que l'on aimerait maintenant, c'est qu'il n'y ait pas qu'un seul Jahyanai mais plusieurs.
DJ Pixou : Pour ça, il faudrait que la politique joue son rôle. Notre musique avance mais pas les moyens. Il n'y a pratiquement pas de studio officiel. La musique peut être un moyen d'enlever les jeunes de la galère. Au lieu de faire des maisons de quartier qui ne servent à rien, il faudrait faire un complexe de la musique en Guyane, avec des studios... Avant il y avait le Sas Prod, qui permettait à des artistes comme Jahyanai et Gifta de faire leur musique, qui a disparu. La solution est là. J'ai 22 ans et je côtoie beaucoup les jeunes. Certains sont perdus, n'aiment pas l'école, et font des conneries. Mais ils aiment la musique. C'est de la cohésion sociale. À nous de monter une industrie de la musique urbaine. En jamaïque la musique est une industrie et un moyen pour beaucoup de sortir de la pauvreté et donc de la violence. On peut vivre du dancehall. Nos artistes font des millions de vues juste avec les réseaus sociaux. Imaginez s'ils avaient des moyens... C'est l'idée d'AZ Sound, s'unir pour avoir du poids.
L'unité existe dans la musique ?
Pixou : Pas pour le moment car on ne sait pas comment créer cette unité. On pense que l'on est en concurrence. À nos artistes aussi de s'ouvrir à d'autres publics, ne pas rester que sur la Guyane. C'est ce qu'a fait Jahyanai et d'ailleurs il s'est fait critiquer en Guyane pour cela. Pour qu'il y ait une unité, il faudrait que ça fasse vivre plus de gens, et pour cela il faut les moyens... C'est aussi de la promotion pour la Guyane, un pays qu'on ne connait nulle part sauf pour la fusée.
Contact : azsoundprod@gmail.com
(1) DJ LG, tous les samedis sur KFM (18h-20h)
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