LOISIRS - MUSIQUE

INTERVIEW - Alexandra Juniel : "Je suis en harmonie avec moi-même"

franceguyane.fr 02.08.2017
Propos recueillis par Angélique Gros / Photos Sylvain BLS Photography

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Alexandra Juniel : "Je suis en harmonie avec moi-même"

Alexandra Juniel aka Alek's, star du zouk s’est retiré de la scène musicale il y a dix ans. Les grandes vacances 2017 sont marquées par son grand retour sur les ondes et sur la scène guyanaise. Rencontre.

Après presque dix ans de silence, vous venez de sortir le titre Seuls au monde ...
Oui le son est sorti le 3 juillet sur les radios et on peut l’écouter sur Youtube. Seuls au monde, est un titre zouk, c’est le le premier d’un trois titres. Le deuxième, Solitud sera une sorte d’ovni bossa nova mélangée avec un style caraibéen. Il sortira dans le courant du mois. Et le troisième et c’est la grosse nouveauté sera un titre reggae : Home Alone. Je prépare d’ailleurs de nouvelles chorégraphies avec Nhell et deux danseuses pour interpréter Seuls au monde sur scène.
Comme nous le disions, vous avez disparu des écrans radars il y a près de dix ans. Que s'est-il passé ?
J'ai arrêté car je n’étais pas satisfaite. En 2002, je sors mon premier album solo et signe pour la première fois avec une grosse boite de prod : Créon musics. Mais j'avais l'impression d'être un produit qu’il fallait faire tourner. Avant je faisais mes trucs seule, on avait pas les fonds donc de 1995 à 2000 on a sorti que des singles et des opus, mais je m'éclatais. Et puis il a aussi fallu que je me construise, j’ai eu mes enfants en 2004 et 2007. La vie change et au niveau de l’artiste femme c’est difficile de continuer à bourlinguer, à faire les studios, les répètes à pas d’heure, etc.
Si on revient au début de votre carrière, comment avez-vous commencé ?
Quand j'entre à l’IUFM à Cayenne, je rencontre différentes personnes dont Joël Darbaud avec qui on monte en 1995 le groupe de zouk traditionnel, Parenthèse. À l’époque on se produit en live dans les piano bars. Et puis le morceau Koulè Lanmô cartonne et me fait émerger. On fait deux albums et le groupe se dissout car on a terminé nos études. Moi je repars à Paris pour passer mon diplôme d’état de psychologue.
Puis vous vous éloignez un peu du zouk ...
Oui, en 1998, je pars dans une autre direction, plus hip hop, en rencontrant Cheick, aujourd’hui directeur d’antenne de Guyane première. On commence à mélanger nos deux mondes : le zouk et le r’n’b. Jean Michel Rotin, dont on a d'ailleurs fait une reprise : Adyé, le fait déjà mais peu de groupes le font au sein du milieu musical guyanais. Alors on innove et étant une fan de Michael et de Janet Jackson je peux exploiter ce que je sais faire au niveau de la danse dans les spectacles qu'on monte, type show à l’américaine. C'est comme ça que naît le projet Down lo avec K-reen Patient et plein de jeunes dans cette mouvance avec qui on part en tournée.
Dans les années 2000 apparaît un ovni dont vous faîtes partie : 3met50 ...
3met50, ce sont des artistes avec des influences soul, caraibénnes, tradition et reggae aussi avec Sista Rudo qui vient de Londres. Il y a Maryloo Coopen, Ruthy et quatre musiciens. Là encore c’est vraiment le labo ! On a fait énormément de prestas et il y a eu Air Zion un gros succès. On a joué une dizaine d’année et le groupe existe toujours mais chacun s’occupe un peu plus sa carrière solo. Maryloo est sur un album, Ruthy aussi et moi également.
C’est à cette époque que vous lancez votre carrière solo ...
Quand j’ai commencé, je sortais un tube à chaque grandes vacances et après on tournait avec les danseuses dans toutes les communes. Et puis en 2002, Harry Diboula me propose de l’aide pour une prod car à l’époque il travaille pour Créon Musics. C'est ainsi que je sors mon premier album solo qui marque un retour au zouk traditionnel.
C'est dans cet album qu'on retrouve un de vos immense succès : Pour toi ...
Pour toi c’est une composition d’Harry Diboula et de Frédéric Wurtz sur laquelle je compose. J’ai une base de mélodie, je me met à écrire les paroles et ça part d’un jet. C’est la promesse d’une femme, d’une vie, d’une rencontre.
En 2009 vous remportez un Lindor avec Blue Sunshine, est-ce un aboutissement pour vous à l'époque ?
Après tant d’années c’est gentil de me reconnaître quand même. Mon souci c’est que de 1995 à 2009, les gens vous diront : « ah ouai Alek’s elle a marquée notre génération». Mais au niveau culturel local je n’ai pas senti de reconnaissance. Quand j’ai demandé des aides et subventions je n'y ai jamais eu accès ... Mais j’ai survécu sans ! (rires).
Pourquoi choisir de revenir maintenant ?
Je ne sais pas (rires). Je pense que je fais un peu partie des artistes rebelles qui n’ont pas envie de se mettre dans une grosse prod qui nous enlève notre originalité et mettent les gens dans les tiroirs. Cette année je me sens épanouie, mes enfants ont grandi, je me sens épaulée par mon mari. Je suis en harmonie avec moi même.
Vous avez un style éclectique et vos derniers morceaux qui alternent entre zouk, bossa nova et reggae le montrent bien. Vers quel genre tendez vous aujourd’hui ?
Quand j’ai commencé mes standards étaient plus hip hop et r’n’b. Aujourd’hui je me sens mieux dans des choses plus soul, plus posées. Je tends vers une espèce de néosoul caraibéenne, mélanger la soul avec des sonorités caraibéennes, avec le kaséko.
Vous chantez en anglais, créole, français et même en portuguais. Pourquoi mélanger les langues dans vos morceaux ?
Je ne mélange pas les langues. Si j’écris en créole guyanais, je vais me renseigner pour avoir l’orthographe exacte, accent compris. J’ai d’ailleurs pris des cours pour me perfectionner. Quand on entends Mo ka watch to, je me dis que le créole est perdu. Watch, c’est anglais, c’est tellement mixé qu’ils ne savent plus le parler. J’ai mon âge, je sais, mais j’ai mon identité. Cette spirale commerciale ce n'est pas pour moi. Je chante en anglais parce que comme le portuguais c’est une langue que j’affectionne.
Giovann est votre neveu, avezvous des projets ensemble ?
On a fait des titres ensemble qui ne sont pas encore exploités. Il a repris, un de mes titres, Brown Sugar, qui va sortir ce mois-ci. On est en train de sortir nos morceaux en même temps alors pourquoi pas envisager de faire des scènes ensemble. En tout cas, voir que la suite est assurée par la nouvelle génération, ça fait plaisir !
Avez-vous d’autres projets musicaux en cours ?
J’ai une amie à Londres qui essaie de m’introduire. Si je peux faire une presta une fois dans une petite boîte à Londres ce serait un gros kif. Je ne veux pas non plus être Béyoncé, hein ?! J’ai un projet de collaboration avec Jésus-Lord Jazzon Hyppolyte, un pianiste. J’ai beaucoup beaucoup écrit et composé ces dernieres années et j’ai pas mal de morceaux a capella qui attendent des compositeurs. J’ai aussi une mazurka qui est achevée. C’était un projet de Christiane Taubira qui avait demandé à Chris Combette de mettre en musique de textes et ensuite sollicité des artistes. Finalement le projet est tombé à l’eau mais pourquoi pas le sortir avant le carnaval.
Vous avez collaboré avec une grande majorité des artistes guyanais. Qu'est ce qui vous a particulièrement marquée ?
Mes meilleurs souvenirs c’est à la fin des années 90, l’époque de Down lo et après Adyé on était tout une caravane de jeunes où on était dans la même mouvance avec Wonm où on retrouve Warren, Bagamix, Damaniak, etc. J’ai garde aussi de bons souvenirs de la période où on travaillait dans un studio pourri à la crique. Je faisais les choeurs féminins des morceaux d’Amadeus, des Jumeaux de ProfA, qui a bien évolué depuis !

Contact : Caroline Silva, 0694 21 05 49, betty973@orange.fr
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VOS COMMENTAIRES
  • Gérard Manvussa - 04.10.2017
    En fait tout le monde est artiste et tout le monde est président en Guyane...
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