LOISIRS - MUSIQUE

INTERVIEW - Impossible n’est pas Warren

franceguyane.fr 02.08.2017
Propos recueillis par Audrey Virassamy / Photos Ramon N’Gwete

2RÉAGIR

Impossible n’est pas Warren

Il y a quelques jours, le public découvrait Impossible pas possible, le dernier single de Warren. La chanson, qui évoque les mouvements de mars-avril, augure l’arrivée du cinquième album de l’artiste. Pas de date de prévu, en revanche, pour celui-ci : Warren veut prendre le temps qu’il faudra.

Votre dernier single s’appelle Impossible, pas possible. Parlez nous en…
C’est une métaphore entre un homme, Guyane, et une femme, France. Il lui demande de clarifier cette histoire d’amour qui dure depuis des années parce qu’il ne la comprend plus. C’est un peu une lettre ouverte à la France. Un peu comme la lettre que j’envoie dans une bouteille, lancée dans le fleuve au début du clip. On envoie le message, même si on sait qu’il y a une forte chance que ce message n’arrive jamais. Le clip a été tourné entre Saint-Laurent et Albina. Je voulais des sites plutôt vierges, pas trop urbanisés.


On y voit aussi des images de la mobilisation de mars-avril. Comment avez-vous vécu cette période ?
J’ai vécu les choses en direct. C’était important pour moi. J’étais dans les rues avec mes fans, j’ai fait tous les barrages, j’ai fait la marche de Kourou. J’étais là du début à la fin. En fait, j’étais venu pour le clip de Yann Sélo puis je suis resté un peu en famille. Finalement, je suis resté bloqué un mois. Tous les jours ma manager essayait de trouver un vol pour me faire rentrer et moi chaque jour je priais pour rester. Je ne me serais pas senti honnête de revenir vers mon public et de vendre autre chose que cela. En tant que Guyanais, c’est toujours une déception de constater que, par rapport aux Antilles où je suis souvent, que nous sommes trop riches pour être si pauvres. Il y a plein d’injustices, d’inégalités. Mais en étant sur place, je me suis pris d’autres gifles : a cause de la façon dont la police à géré les événements, à cause de la façon dont la France à tardé à nous écouter. Cela a été une période très révélatrice. J’ai annulé mon concert ici et à Paris. Quand les élus ont campé au CSG, j’ai dormi sur place.
Vous êtes engagé politiquement ?
Je ne fais pas de politique. On peut être engagé sans faire de politique. Si je peux, à travers mon art et mon talent servir une cause juste, c’est ce que je fais, quitte à risquer la censure. Certains artistes ont chanté de suite. Moi j’ai voulu chanter, mais pour parler de la Guyane ailleurs. Si j’avais voulu chanter pour la Guyane, j’aurais chanté en créole guyanais. Peut-être qu’un jour le président de la république pourra voir ce dernier clip.
Votre dernier album date de 2013. Que s’est-il passé pour vous depuis ?
J’ai travaillé pour d’autres artistes. J’ai aussi travaillé pour une compilation sur Patrick Saint Eloi (Passion Saint Eloi, ndlr). J’ai réalisé quatre titres, pour Joyce, K-Reen, Lynnsha et moi. À côté, j’ai composé pour Axel Tony et le Guadeloupéen D Lova. J’ai aussi écrit le titre qui a signé le retour de Joyce. Disons que pendant ce temps, j’ai tout mis entre parenthèses pour moi. J’ai passé beaucoup de temps en Guyane, auprès des mes proches. J’avais besoin de souffler.
Cette chanson est le premier extrait de votre cinquième album. Quand est prévue sa sortie ?
Il arrivera quand il arrivera. Je ne veux pas donner de date. Je suis perfectionniste alors j’aime prendre mon temps. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’appellera 1980, back to basics. 1980 étant mon année de naissance. J’ai commencé ma carrière solo en 1997, après Wonm. Mon public a toujours été très large. Le premier public que j’ai eu, à partir de Snake me (son premier album, ndlr) a vieilli avec moi. Ce public-là est plus exigeant. Il me demande plus d’engagement, plus d’implication. Je prends aussi plus de temps que les artistes qui sortent des albums tous les ans parce que mes chansons sont en partie autobiographiques, elles sont réelles. J’ai besoin de vivre les choses pour les chanter. Je suis le seul à prendre autant de temps, mais c’est un temps nécessaire pour moi.
À quoi doit-on s’attendre pour cet album ?
À encore plus de styles différents. Je n’ai jamais fait de zouk pur. Déjà, quand j’ai commencé, c’était compliqué. Je n’étais pas bien vu des puristes parce que je chantais du zouk en français. Mais déjà, à la base, le zouk, ce n’est pas guyanais. Je n’allais pas venir m’imposer dans une culture qui n’était pas la mienne. Maintenant, j’ai un peu plus de liberté, parce que j’ai un peu plus d’expérience et de crédibilité.
La notoriété aide aussi ?
Non, la crédibilité. C’est différent. On peut être connu sans être crédible.
Vous vous imaginiez, au départ, avoir cette carrière ?
J’ai commencé par faire de la danse sur des petites scène lors des fêtes communales. Jamais je n’aurais imaginé avoir une si belle et si grande carrière. Ce que je voulais, c’était être prof de musique. Ou faire de la philo !
Vous avez parfois le syndrome de la feuille blanche ?
Oui. Et quand ça arrive, je ne fais rien. Je ne force pas. C’est pour ça que je prends autant de temps pour faire sortir un album ! J’aime écrire chez moi, chez ma mère à Saint- Laurent, ou dans l’avion.
Elle a été écrite où cette chanson ?
Ici, dans cet hôtel ! (l’interview a lieu dans un hôtel cayennais, ndlr). Il n’y avait pas grand chose à faire. C’est mon ami, Fabrice Montgénie (alias Skanlalyze, ndlr) qui m’a fait écouter sa compo. C’était un vrai coup de coeur. Et c’est plutôt rare que je prenne les compositions d’autres personnes. Quand je suis rentré à Paris, j’ai voulu qu’il me dirige. C’est la première fois que je rappe dans une chanson et j’aime bien ce que ça donne.
Est-ce qu’on retrouvera Fanny J sur votre prochain album ?
Il y a des chances. Il y a des années qu’on bosse ensemble. On fera tout sans stress, sans pression. Comme elle le sentira.
Pensez-vous parfois, comme elle, à mettre votre carrière entre parenthèse pour faire une pause ?
Je le fais parfois. Mais dans mon coin. Je n’en parle pas. Parfois, j’ai envie de revenir à mon ancienne vie, avec moins de pression. Avant, j’étais brancardier au Chog, puis aide-soignant à Paris. Maintenant, certaines choses sont moins faciles. Ce que j’ai pu faire, durant les mouvements, me balader sur certains sites en public, boire une petite bière… Cette liberté-là me manque parfois.
Pourtant, vous aimez votre vie d’artiste… Qu’est-ce qui vous plaît là-dedans ?
Se sentir utile, c’est ce qu’il y a de plus chouette. J’aime l’art. J’aime donner un sens aux choses, c’est la seule chose dont j’ai envie. J’aime la musique. Mon père est guitariste, ma mère chante. Mon cousin Lesnah aussi. J’ai toujours baigné là-dedans. La musique, je crois que je suis né pour faire ça. Et pour que ça fasse du bien aux gens.
À votre avis, quelle image les gens ont de vous ?
Je ne sais pas ce que les gens pensent de moi. Ce qui est important, c’est ce que les gens qui comptent pour moi pensent.
Quels sont les événements qui vous ont touché durant votre carrière ?
Il y a beaucoup de choses… J’ai rencontré un couple de Martiniquais à Paris ; ils s’étaient rencontrés en soirée sur l’une de mes chansons et ils ont appelé leur enfant Warren ! J’ai chanté à leur mariage. Il y a eu aussi ce concert en Angola. Avec Fanny, on faisait la première partie du Grand Méchant Zouk de Kassav. En Afrique, quand ils sont fans, les gens nous donnent un amour démesuré ! Il y avait cette femme handicapée, en fauteuil roulant. Elle nous a dit que la seule chose qui l’avait fait tenir pendant ces longs séjours à l’hôpital, c’était d’écouter nos chansons. Pareil, il y a Gladys, une Guadeloupéenne, elle aussi en fauteuil. Elle est là pour tous mes concerts et ceux de Fanny. La première fois que j’ai fait le Bataclan, elle était hospitalisée mais elle a signé une décharge pour être là. Maintenant, à chaque concert, on lui laisse sa place. Pour moi, c’est ça se sentir utile.
Êtes-vous heureux ?
Oui, je le suis.

2
VOS COMMENTAIRES
  • den97300 - 02.08.2017
    Ça fait plaisir
    Ça fait du bien de lire tout çà. Un homme heureux, épanouie et reconnaissant
  • den97300 - 02.08.2017
    undefined
    undefined
1

Réagissez à cet article

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2 mn) :

CONNEXION