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Wyclef Jean : « Après la chute, je renais tel un Phénix ! »

franceguyane.fr 05.07.2018
Propos recueillis par Melinda Boulai (France-Antilles Martinique)

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Wyclef Jean : « Après la chute, je renais tel un Phénix ! »
Wyclef Jean sur la scène du premier One love festival en 2009 à Kourou (photo d'archives)

Wyclef Jean est la tête d'affiche de l'Infinity Music festival, ce samedi 7 juillet en Martinique. Il revient, pour France-Antilles, sur sa vie, sa carrière et ses aspirations pour Haïti.

Wyclef Jean, 20 ans de carrière, 9 albums, des Grammys Awards, des millions d’albums écoulés, des très belles collaborations… que manque-t-il à votre carrière aujourd’hui ?
C'est drôle car je me rappelle quand j'ai reçu mon premier Grammy. Mon mentor n'est autre que Quincy Jones qui m'a dit à l'époque que c'était juste le début. J'ai toujours été passionné par la découverte d'artistes. Où sont les artistes de ce nouveau millénaire ? Comme ça, je pourrai contribuer à écrire un nouveau chapitre.
Des gens me demandent comment je peux rester pertinent de génération en génération. Mais, je n'ai jamais été dans l'industrie musicale pour être connu, mais pour faire émerger les stars. L'héritage est de continuer à travailler avec de grands artistes et de sortir de gros titres.
En septembre 2017, vous avez sorti, le troisième volet de l'album Carnival III , intitulé « The Fall and Rise of a Refugee » - La chute et la renaissance d'un réfugié - . Ce titre fait clairement référence à votre vécu..
C'était une mission pour moi car l'on vit dans un monde où la pression est très vive et anormale. Prenons l'exemple de mon ami, DJ Avicii, il s'est donné la mort à seulement 28 ans. On se fait une idée de la vraie réussite, alors qu'en réalité on ne réalise pas la grande pression que l'humanité met sur nous. L'idée de « The Fall and Rise of a Refugee » est qu'il n'y a pas de honte à tomber.
J'ai quitté l'industrie musicale il y a 10 ans, je voulais devenir président d'Haïti, au plus fort moment de ma carrière, au moment de « Hips Don't lie » avec Shakira. Le plus gros hit de ma carrière.
J'ai quitté cette industrie en disant aux gens autour de moi : «  je peux toujours revenir et écrire des chansons. Mais une chose dont je suis incapable, c'est d'écrire l'histoire et de la créer. Mon peuple a besoin de moi ! ».

« La politique est un sale business »

Cela ne s'est pas passé comme prévu...
La politique est un sale business. Ils ont essayé de salir mon nom, de faire courir des rumeurs et des mensonges à mon sujet. C'était l'une des périodes les plus sombres de ma vie. Quand on aime son pays, quand on aime son peule, ça blesse toujours d'entendre des gens dire des mensonges sur vous. Tu te mets à douter de toi, tu es seul dans les ténèbres. Je voulais que les gens sachent qu'il n'y a pas de mal à tomber, à échouer, à se sentir mal. Après la chute, il faut que tu saches que tu vas renaître, tel un Phénix. Et c'est exactement ce que je voulais que les gens voient. J'entendais les gens dire : « Wouahh Wyclef, tu parais plus jeune que lorsque tu étais dans les Fugees, que se passe-t-il ? ». Hé bien c'est la renaissance ! On doit se sacrifier au bon moment pour le bien être des gens.
Votre dernier album, bien que se nommant « Carnival » n’a rien d’un album festif, il est très engagé, rempli de messages d’espérance... Vous y rendez également hommage à Fela Kuti, Celia Cruz…
Je pense que je serai plus connu mort que vivant, un peu comme Bob Marley. « Borrowed Times » est l'une de mes chansons préférées car nous vivons des temps très difficiles. Il y a un hommage à Fela Kuti que j'admirais beaucoup au lycée quand j'étudiais le jazz. J'ai décidé de faire émerger ce style dès que j'ai appris la musique créole. Mon album, c'est mon amour pour le compas, le zouk et tous les styles musicaux. Cela n'aurait pas été possible sans l'écoute de Fela Kuti et Celia Cruz. J'ai rencontré Celia Cruz, travaillé avec elle en studio... L'héritage pour moi, est de toujours honorer ceux qui se sont sacrifiés pour nous.

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Vous avez toujours envie de devenir président d’Haïti ?
Non. Je me suis présenté aux élections car je pensais être la bonne personne pour ce travail. 80 % de mon peuple vit avec moins d'1 dollar par jour. Je suis l'un des Haïtiens les plus connus à travers le monde. Je voulais aider grâce à cette notoriété. On peut aider Haïti à sortir de ses problèmes ensemble. Actuellement, Haïti est isolée. Les Caribéens veulent travailler avec Haïti et, en même temps, ils ont cette peur ambiante liée à la mauvaise presse d'Haïti dans le monde.

« Haïti peut être libre économiquement »

Quel regard portez-vous sur votre pays aujourd’hui ? 
On a l'un des meilleurs pays. Je parle en terme de culture, d'histoire grace à nos artistes comme Basquiat par exemple. Il y a trop de belles choses à Haïti, mais on a toujours mauvaise presse et ça me touche. J'aurais aimé travailler avec tous les caribéens afin qu'on puisse changer cela. Pourquoi ne pas amener des gens à Port-au-Prince, mais pas seulement, à Jacmel, à la Citadelle. C'est l'un des plus beaux pays, mais il bénéficie de la pire des communications de la part des médias. Je pense que Haïti peut être libre économiquement.

On peut revenir sur vos débuts, qu’est ce qui vous a donné envie de devenir artiste ?
Je suis né à Haïti et j'ai été élevé à Brooklyn. On a déménagé au New-jersey après l'assassinat de mon cousin par arme à feu. Je n'allais pas dans le droit chemin et mon père était dévasté et avait peur que je me fasse tuer à mon tour. Mon père était pasteur. J'avais 13 ans lorsqu'il m'a fait m'échapper de cette situation. Je voulais être quelqu'un de meilleur. J'ai utilisé les talents que Dieu m'a donnés. Mon frère a eu la chance de faire des études à l'université. J'aurai pu vendre des armes, de la drogue, mais grâce à Dieu, j'ai choisi d'être un survivant et d'échapper à la case prison. J'ai toujours dit à ma mère qu'elle a remplacé l'arme à feu pointé sur ma tempe par une guitare.
Et l’époque des Fugees, quels souvenirs en gardez-vous ?
Mon meilleur souvenir, c'est l'idée que l'on avait sur les bancs d'école au lycée de créer un mouvement pour impacter les gens. Nous ne pensions pas être aussi populaires. On ne savait pas ce que l'on allait devenir, mais on faisait de la musique et on aimait ça. C'est comme les enfants qui ont un esprit révolutionnaire.
On ne vous avait pas vu en Martinique depuis 2004, à quoi devons-nous nous attendre ce 7 juillet ?
Même si je ne suis pas en Martinique, mon âme l'est toujours. Bagay Nef toute la journée ! Nous allons remonter le temps, pour que l'on puisse revivre toute ma discographie.

• Découvrez "Sak kap fet", le nouveau clip de Wycleff Jean :

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