RéGIONS - GUYANE

VENDREDI CULTURE - « Le pays ne va pas mal, il bouge! »

France-Guyane 05.10.2018
Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH

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« Le pays ne va pas mal, il bouge! »
Viviane Émigré revient avec un spectacle haut en couleurs. Après avoir fait rire le Casino de Paris, c'est aux Guyanais de découvrir aujourd'hui et demain son nouveau one-woman show (DR)

Viviane Émigré débarque ce soir et demain au Zéphyr pour y jouer son nouveau spectacle : Maîtresse d'école et des hommes. Un show « sans limites » dont les places partent comme des petits pains depuis quelques jours. La patronne de l'humour guyanais répond à nos questions.

Ce nouveau spectacle promet d'être chaud...
Au lieu de « maîtresse d'école et des hommes » , on aurait pu l'appeler « lâchez-vous » ou « lâchez prise » ! C'est un spectacle interdit aux enfants - j'ai donné l'ordre de refouler les enfants - destiné aux adultes un peu avertis! Souvent, j'y vais fort dans mes spectacles, je dis les choses, mais là, j'y vais encore plus fort. On enfonce les portes, on dit les choses comme quand on est entre amis!
C'était une envie de longue date que de se lâcher autant ?
Oui, cela fait deux ans que j'écris ce spectacle. Il est sans limites. La maîtresse que je serai va enseigner à sa classe, d'après ce qu'elle a vécu, entendu et observé. J'ai reconstitué le bureau de la maîtresse. D'ailleurs, le spectacle commence à l'extérieur, comme aux abords d'une école. Je suis une fine observatrice. C'est comme un défaut. C'est même maladif. Je ne suis pas la seule à être comme ça. Rudy (Icaré, ndlr) est pareil. Lorsque l'on est ensemble quelque part, c'est très grave! (rires)
Peut-on dire que c'est un spectacle coquin ?
Disons que c'est cru. C'est un spectacle bio! Il n'y aura pas de faux-semblants, on n'arrondit pas les angles. On est entre adultes.
D'où vous viens ce personnage de maîtresse ?
Peut-être d'un délire d'enfants. Un jeu d'enfants. Quand je suis en famille, depuis longtemps, je fais la dictée, je hurle des trucs pas possible. Je dis des bêtises pour rire. C'est parti comme cela. Souvent, dans mes spectacles, les hommes en prennent pour leur grade. Dans celui-là, les dames seront surprises. Dans notre société, c'est toujours la faute des hommes. Ils ont l'obligation d'être des « perfomeurs » . Pourquoi ça ne change pas ? Pourquoi la femme ne va pas travailler et l'homme reste à la maison, par exemple ? Même quand on rit, on fait passer des messages. Humoriste, d'accord, mais pas pour rien.
Les deux soirées devraient être complètes. Quand on est Viviane Émigré, ça marche quoi qu'il arrive ?
Non, il ne faut jamais s'asseoir sur ses acquis. J'ai eu une mauvaise expérience un jour. On a fait un spectacle qui s'appelait Les Zouk de Chine avec Jean-Yves Rupert. C'était très moyen. J'étais alors dans mes grandes envolées, on n'a presque pas fait d'affiches, pensant que cela allait marcher tout seul. Les gens sont venus le premier jour, mais n'ont pas hésité à me le dire! Il faut toujours se remettre en question. C'est pour cela que je me mets la pression. Je dois faire mieux à chaque fois. Ne pas me rater.
Êtes-vous toujours stressée avant de monter sur scène ?
Plus ça va, plus c'est fort! Parce qu'on a l'obligation de bien faire. Je n'ai pas envie de décevoir les gens.
Votre dernier spectacle solo fêtait vos 40 ans de carrière. Pensez-vous à arrêter ?
Non, je voulais faire une synthèse. S'arrêter ? Non, la vie est pleine d'inspiration. Ça bouillonne tout le temps. Regardez autour de vous, il y a plein de choses à dire.
Pourquoi avoir d'abord présenté ce nouveau spectacle au Casino de Paris ?
C'était une commande. C'est la première fois que je joue d'abord ailleurs. D'habitude, je commence toujours un spectacle en Guyane. Le Casino me l'a demandé. J'ai dit oui, alors que le spectacle n'était pas fini. J'ai eu quatre mois pour le finir... J'étais contente, je voulais voir comment le public parisien allait réagir. Au Casino, les gens ont adhéré. C'était la folie. Moi-même je me suis dit : « Qu'est ce qui leur arrive ? » C'était extraordinaire. Je vais voir comment ils vont réagir ici.
Quelle différence y a-t-il entre les deux publics ?
On me pose souvent la question, je ne sais pas comment répondre. Tout le monde rit. Mais là, je veux vraiment voir la réaction du public guyanais, car là-bas c'était fort. Ils sont tout de suite rentrés dans la classe!
Y aura-t-il des bonnets d'ânes et tableaux d'honneurs ?
Des bonnets d'ânes non, mais des diplômes oui. C'est un cours de rattrapage accéléré! En couple, célibataire, hétéro, homo, tout le monde va trouver son compte!
En dehors de votre actualité, quel est votre avis sur la situation de la Guyane ?
Je suis quelqu'un de très positif. J'entends beaucoup dire que le pays va mal. Moi je dis que c'est l'air qui change. Il y a un grand renouvellement de tout et n'importe quoi. C'est un bouleversement presque obligatoire. On ne retient que le mauvais, mais il y a des bonnes choses qui se font. Au niveau artistique, regardez la pléiade de chanteurs que nous avons. Il se passe quelque chose de positif, là! On va changer tout ça. Nous, les vieux crabes, sommes toujours en train de critiquer. Dans la nouvelle génération, il y a du bon et du pas bon. Je ne suis pas dans ce truc de dire que le pays va mal. On veut l'évolution ? Et bien on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. On veut être un grand pays, mais tout doucement dans nos chaussons. Non. Le pays ne va pas mal, il bouge.
On parle beaucoup d'environnement ces temps-ci...
Les faux écologistes me font rire. Il y a toujours eu des écologistes en Guyane : les chasseurs, les pêcheurs, les agriculteurs... Eux connaissent la vie de la nature. Mais les écologistes qui viennent nous raconter « pas de pétrole, pas d'or » , je ne les crois pas une seconde. Ces mêmes gens, si on va fouiller pour savoir d'où ils viennent et ce qu'ils font, ça devient grave... Moi je suis pour le pétrole et pour la Montagne d'or. Je suis pour le développement! Comment on fait sinon ?
À l'époque de l'arrivée de la fusée, j'étais une jeune militante. Je suis monté à Kourou pour manifester contre. On nous disait que les gaz de la fusée allaient tous nous tuer. J'y croyais... On était manipulés. Mais aujourd'hui, personne ne dit combien de Guyanais travaillent au Cnes. Même chose lorsque les Hmongs sont arrivés en Guyane. On a manifesté contre. On nous disait que ça allait tuer l'économie du pays. Et aujourd'hui, on est tous les samedis au marché avec notre petit panier... C'est après que tu comprends les choses. Il faut cette ouverture-là. Il faut être avec l'autre. C'est comme ça que l'on devient un grand pays. C'est ma conception. Si on reste entre nous, on ne fait rien, on n'apprend rien.
Vous qui êtes d'origine sainte-lucienne, vous savez ce que c'est que de s'intégrer...
Mes grands-parents sont venus de Sainte-Lucie pour chercher l'or. Aujourd'hui, notre famille s'est vraiment mélangée. Il y a du chinois, du brésilien, haïtien, métropolitain. C'est nous. C'est une belle force. Je peux dire que ma famille est riche. À l'image de la Guyane.
Un dernier mot ?
Venez, on va se lâcher. On va rire de nous.
Âmes sensibles s'abstenir ?
Non, j'invite mêmes les âmes sensibles à venir. Mo ké désensibilizé yé!
Viviane Émigré : Maîtresse d'école et des hommes, en spectacle au Zéphyr, à Cayenne. Aujourd'hui et demain à 20 heures.
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